Palladium, étain, cuivre, lithium… Les cours des métaux flambent. Le nickel, lui, n’est plus à la fête. Fin février, le « métal du diable » a atteint près de 20 000 dollars la tonne à la Bourse des métaux de Londres (LME), près de deux fois son cours de mars 2020. Depuis début mars, il est retombé à 16 000 dollars la tonne et se maintient depuis à ce niveau. Près de 70 % du nickel est utilisé pour produire de l’acier inoxydable, dont la Chine absorbe près de la moitié de la demande mondiale. Mais c’est surtout la montée en puissance du véhicule électrique qui a fait bondir les cours ces derniers mois. Son usage dans les batteries ne représente pour l’instant qu’une petite part du marché, mais il pourrait mobiliser près d’un tiers de la demande en 2030. De quoi faire planer le doute sur la capacité des constructeurs automobiles à disposer dans quelques années de suffisamment de nickel de classe 1, qui rentre dans la composition des batteries.
Mais à court terme, il n’y a pas encore de risque de pénurie. Le marché du nickel devrait même se retrouver en excédent de production, avec l’augmentation des capacités de production de l’Indonésie, devenue en peu de temps le premier producteur mondial de nickel. Notamment avec la montée en puissance de Weda Bay, le gisement exploité par Eramet, qui doit représenter 10 % de la production indonésienne de fonte de nickel en 2021. « Pour les analystes du secteur, le court terme ne justifiait pas le cours aussi élevé. Il y a un retour à un fondamental plus normal », pointe Philippe Gundermann, le directeur de la stratégie et de l’innovation d’Eramet.
Le nickel sous toutes ses formes
Dans ce contexte, l’annonce du groupe chinois Tsingshan a servi de déclencheur de la baisse des cours. Le premier producteur mondial se dit prêt à produire à bas coût 100 000 tonnes de matte de nickel à partir de la fonte de nickel, le NPI (nickel pig iron) traditionnellement utilisé pour l’acier inoxydable dans son usine de Morowali en Indonésie, à partir de fin 2021. La technologie en soi n’est pas révolutionnaire et concerne des quantités limitées. Mais elle permet de limiter les risques de pénurie pour le nickel de qualité batterie, la matte pouvant facilement être transformée. Tsingshan s’est imposé depuis 2007 en disruptant le marché et en misant sur la production de fonte de nickel. « Il reste des incertitudes sur la capacité de Tsingshan de produire à grande échelle de façon économique et durable. Si c’est le cas, cela pourrait avait des forts impacts sur le marché du nickel », relèvent toutefois les analystes de Roskill.
Autre enjeu : Les constructeurs automobiles occidentaux, Tesla en tête, sont en quête de nickel propre, avec le moins d’impact environnemental possible. Or la transformation de la matte est très énergivore et l’énergie provient de centrales à charbon, avec à la clé d’importantes émissions de C02, même si le groupe chinois promet d’installer 2 GW de panneaux solaires et d’énergie hydroélectrique à terme.
Ce n’est pas le seul problème lié à la production du nickel. Jusqu’à présent, le seul procédé de transformation du nickel de classe 2 - le plus abondant dans le monde - en qualité batterie passe par les usines hydrométallurgiques. Plusieurs projets sont en cours en Indonésie. Mais les groupes chinois n’hésitent pas à recourir aux "deep sea tailings", comme en Papouasie Nouvelle Guinée. Une pratique qui consiste à rejeter en mer leurs résidus miniers. Une solution moins coûteuse que le stockage des résidus secs, mais controversée pour ses impacts sur l’environnement. « A long terme, il y a une pénurie de nickel classe 1, a fortiori avec des critères RSE. L’Europe doit promouvoir des techniques propres de production », plaide Philippe Gundermann. Eramet vient de lancer un partenariat avec BASF pour implanter une usine hydrométallurgique à Weda Bay. Et se positionner sur le créneau du nickel propre.



