Accord sur la cession de l'usine Vale en Nouvelle-Calédonie... grâce à Tesla

Après plusieurs mois de blocage de l’île, un accord politique a été trouvé le 4 mars entre indépendantistes et loyalistes pour la cession de l’usine de nickel du sud de la Nouvelle-Calédonie, les provinces gardant le contrôle du domaine minier. L'annonce d'un "partenariat industriel" avec Tesla a sécurisé le projet.

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Vale Nouvelle Calédonie - Usine de Goro
Un accord a été trouvé pour la cession de l'usine de nickel de Goro à un consortium conduit par Trafigura

C’est l'épilogue d’un long bras de fer qui a paralysé pendant plusieurs mois la Nouvelle-Calédonie. Un accord politique a été trouvé entre indépendantistes du nord et loyalistes de la province sud sur la cession de l’usine de nickel de Vale. De quoi permettre le redémarrage rapide de l'activité à Goro, à l’arrêt depuis décembre.

L’annonce des discussions entre le groupe minier brésilien et le consortium Prony Resources, mené par le groupe Trafigura, avait déclenché en novembre une crise politique en Nouvelle-Calédonie. Bilan, d’importantes dégradations à Goro, des blocages autour des sites miniers (y compris ceux de la SLN d'Eramet), une filière nickel à l’arrêt et, finalement, la chute du gouvernement calédonien en février. Selon l’accord final annoncé le 4 mars, le négociant suisse Trafigura, dont les indépendantistes s’opposaient à la présence, reste au tour de table. Mais son poids dans le consortium, rebaptisé Goro resources, a été réduit, passant de 25 % à 19 %. En parallèle, la compagnie financière de Prony voit sa participation portée à 30 %.  Les 51 % restants sont aux mains d’intérêts calédoniens, au travers de la société de participation minière regroupant les provinces et les salariés.

Le nœud de la négociation s’est joué sur la propriété des titres miniers du gigantesque gisement de nickel de Goro, qui alimente l’usine, et de Prony. Ceux-ci seront cédés aux provinces, qui les loueront ensuite au consortium industriel, pour une exploitation en amodiation. Ainsi, les provinces sécurisent des revenus d'exploitation à long terme. L’Etat français a aussi mis 400 millions d’euros en garanties et prêts pour sécuriser l’accord.

L'arrivée de Tesla sécurise

Un autre élément a fait pencher la balance : l’arrivée de Tesla. Le constructeur automobile américain va s’engager dans un "partenariat technique et industriel" avec l’usine de Goro, dont le nickel pour les batteries des véhicules électrique est l’un des principaux débouchés. Le nickel calédonien devrait intégrer "de façon pérenne la chaîne d’approvisionnement de la production de batteries pour véhicules électriques en Asie, aux Etats-Unis et en Europe", selon l’accord politique signé par les partis calédoniens.

Tesla cherche à sécuriser l’approvisionnement - à des standards environnementaux qu'il puisse revendiquer - de ses batteries en nickel, l’un des métaux clés de la transition énergétique. En juillet 2020, Elon Musk avait promis aux sociétés minières de "très gros contrats sur une longue période" aux entreprises capables d’extraire de façon durable du nickel. "Le nickel est notre plus grande inquiétude pour accélérer la production de batteries lithium-ion", a tweeté ces derniers jours son président Elon Musk.

"C’est un accord commercial de long terme. Tesla apporte une caution qui a permis de rassurer sur le plan environnemental. Cela va forcer à un engagement clair. L’inquiétude de l’Etat portait sur les garanties environnementales et le maintien de l’activité et de l’emploi des 3000 salariés", pointe-t-on au ministère des Outre-mer. Tesla s’approvisionnait déjà depuis le printemps auprès de l’usine calédonienne. Selon un rapport remis à la Commission européenne, la demande mondiale de nickel pour les batteries des véhicules électriques est amené à progresser de 92 0000 tonnes à 2,6 millions de tonnes d'ici 2040. 

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