Le secteur du meuble reste toujours marqué par la période Covid. Mais il rebondit. En témoigne la progression du marché, en valeur, limitée à 2% (14,85 milliards d’euros de ventes) entre l’année 2021 et l’année 2022. Elle est portée par la hausse des prix (+10% pour l’ameublement intérieur et +11% pour l’ameublement extérieur selon l’Insee) et un effet de rattrapage lié à la réouverture des magasins en mai 2021. Le chiffre le plus marquant réside dans le comparatif avec l’année 2019: +11% en trois ans, sous l’effet des confinements qui ont incité les Français à davantage investir dans leur habitat.
Les bons chiffres du marché de la piscine l’avaient prouvé, ceux du mobilier de jardin sont encore plus marqués (+26% entre 2019 et 2022): de nombreux Français ont exprimé le souhait de disposer d’espaces extérieurs et de les aménager. «Il y a des effets "mode", on veut de vrais mobiliers dans le jardin. Il y a aussi l’arrivée démocratique et massive des canapés de jardin», observe Christophe Gazel, directeur général de l’Institut de prospective et d'études de l'ameublement. Un marché d’un montant estimé à 626 millions d’euros.
Autre enseignement des périodes Covid et post-Covid, celui de l’aménagement de pièces dédiées au travail à la maison. «Le bureau a bénéficié de l’effet du télétravail», confirme Christophe Gazel. Une mutation qui vaut aussi bien pour les résidences principales que pour les résidences secondaires, avec l’installation d’agencements de télétravail. Le mobilier de chambres à coucher enregistre la deuxième meilleure progression du segment du «meuble meublant» (meubles destinés à l'usage et à l'ornement des biens immobiliers), avec une hausse globale des ventes de 3,9% en valeur entre 2021 et 2022, et de 6,5% par rapport à 2019.
L’inflation, premier facteur de préoccupation
Côté cuisine, «le consommateur cherche un confort d’usage à la suite du Covid». La progression constatée sur les installations d’îlots centraux le prouve. Les ventes de cuisines intégrées ont bondi, en valeur, de 17,9% entre 2019 et 2022, mais seulement de 1% sur l’année écoulée. «Dans une période difficile économiquement pour les Français, l’investissement nécessaire à l’achat freine bon nombre de ménages depuis plusieurs mois», observent les représentants de la filière meubles. Les arbitrages des ménages s’effectuent également en défaveur de la literie (-0,3% entre 2021 et 2022; et +4,3% sur trois ans).
L’inflation, qui affecte des postes de dépenses jugés davantage prioritaires (énergie, alimentation), inquiète la filière. En 2023, 40% des acheteurs de meubles envisagent un recours à des solutions de financement. Lueur d’espoir, le fort taux d’épargne des ménages («le taux d’épargne des Français est au plus haut, mais il faut créer du désir d’achat», estime l’organisation professionnelle L’Ameublement français). Autre sujet de préoccupation, la baisse de la construction neuve et des mises en chantier. 30% des achats de meubles sont liés à un déménagement. Pour les industriels, la part du prix de l’énergie est, elle, passée de 2% à 6% du chiffre d’affaires en un an.
La seconde main s’impose
Par ailleurs, à l’avenir, les acteurs du meuble entendent davantage développer le segment de la seconde main. Le marché du mobilier du meuble de l’occasion est estimé à 1,3 milliard d’euros, soit l’équivalent de près de 10% de la valeur du marché de l’ameublement neuf. 29% des acheteurs de mobilier de seconde main mettent en avant la recherche d’économies pour justifier leur démarche.
Les fabricants privilégient, eux, la prolongation de la durée de vie de leurs produits, à l’instar de meubles conçus pour être démontés et repris au moyen de pièces détachables chez Lafuma Mobilier, ou un service de rehaussement de canapés fourni par Ligne Roset. Autre tendance de marché, la location, encore à ses balbutiements: 24% des Français seraient prêts à louer plutôt qu’acheter leurs meubles, un chiffre qui grimpe à 47% chez les jeunes.
Davantage présents chez eux, les Français ont aussi privilégié l’achat de canapés (+1% sur un an et +12,4% en valeur sur trois ans sur l’ensemble canapés, fauteuils et banquettes). Un meilleur confort pour accompagner l’explosion de la vidéo à la demande?



