Fin septembre, à l’issue du Conseil de planification écologique, Emmanuel Macron a fait part de son souhait de tripler le nombre de pompes à chaleur (PAC) produites en France d'ici 2027. Le président de la République veut atteindre 1 million d’unités installées à cette date et voir 30 000 installateurs formés à cette occasion. Face à ces échéances, la filière se montre diversement réceptive. D’après l’Association française pour la pompe à chaleur (Afpac), qui regroupe les professionnels de la filière, la France compte 30 sites de production qui assurent tout ou partie d'une pompe à chaleur, le plus large tissu industriel d’Europe devant l’Italie.
Pour l'instant, le marché est morose. Le segment des PAC air/eau a baissé de 5% entre janvier et août 2023 par rapport à la même période en 2022. A Nantes, des mesures de chômage partiel ont même été mises en place chez Saunier Duval. «Ceci est lié à la baisse des ventes de pompes à chaleur sur le marché de la rénovation. On ne voit pas ce qui va le faire redémarrer dans les prochains mois», précise Diego Lepoutre, directeur marketing et avant-ventes chez Vaillant Group France, détenteur des marques Saunier Duval et Vaillant. L’inflation et les difficultés des ménages à avoir des prêts constituent des motifs mis en avant par les industriels pour expliquer cette situation, les difficultés traversées par le logement neuf étant aussi au cœur des préoccupations. En fonction des délais de livraisons de maisons ou d’immeubles, de premiers impacts sont attendus entre la fin 2023 et le début de l’année 2024.
«Le gouvernement appelle de ses vœux à augmenter les capacités de production existantes et à attirer des industriels sur le territoire afin d’envisager un objectif de production en France de 1 million de PAC dès 2027. Cet objectif semble très ambitieux compte tenu du contexte inflationniste actuel, estime François Deroche, le président de l’Afpac. Il se produit 250 000 unités intérieures et 170 000 unités extérieures air/eau par an en France, sur 346 000 PAC air/eau vendues en 2022. Il n’y a pas de PAC air/air produites en France, mais 60% des ventes françaises sont produites en Europe.»
«1 million de PAC, c’est impossible. On est dans une situation où, industriellement, la capacité de production en France est insuffisante. Installer des sites de production en France, ce n’est pas simple. Il ne faut pas non plus oublier que la France est en concurrence avec d’autres pays. C’est au niveau européen que cela se joue. On pense que ce chiffre est irréaliste», appuie Christophe Mutz, de l’association Pac&Clim’Info, qui agrège différentes données de marché communiquées par les acteurs de la filière.

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Un objectif remis en question
Du côté des fabricants, les avis divergent. «Le million de pompes à chaleur, c’est faisable, mais en 2027 je ne pense pas, au vu des capacités de production en France. Par ailleurs, la question sera celle du marché, qui ne sera peut-être pas à 1 million de PAC installées en 2027, mais nous exportons», estime Diego Lepoutre. Valiant Group produit déjà produit 120 000 unités extérieures de pompes à chaleur air/eau chaque année dans son usine de Nantes (Loire-Atlantique). L'entreprise projette un investissement de 30 millions d’euros sur place entre 2024 et 2025 pour porter la capacité de production de ces appareils à 160 000 unités.
«L’objectif présidentiel est ambitieux non pas en termes d’unités, mais en termes de timing. Nous avons confiance dans l’appareil industriel français. Il va falloir s’activer très rapidement. Il y aura aussi besoin de main d’œuvre sur les installateurs», ajoute Benoît Lecornu, le responsable marketing France de Panasonic Heating & Cooling solutions. A Tillières-sur-Avre (Eure), l’entreprise produit des pompes à chaleur air/eau de grosse puissance, des terminaux ventilo-convecteurs et des unités de toiture. Produire 1 million de PAC en France en 2027, « c’est réaliste, et c’est possible », indique pour sa part Eric Baudry, le directeur des affaires publiques d’Intuis, un groupe industriel qui a investi 25 millions d’euros au cours des dix dernières années sur son site de Feuquières-en-Vimeu (Somme) qui produit aujourd'hui 30 000 PAC par an. Intuis affiche des écarts de prix de «5% à 10%» par rapport aux produits asiatiques.
Des composants européens et asiatiques
L’approvisionnement en composants fait également partie de l’équation industrielle que devront résoudre les fabricants dans le cadre de cette hausse potentielle des volumes made in France. A Tillières-sur-Avre, Panasonic fabrique notamment les châssis extérieurs, la tuyauterie, les ballons ou s’occupe de la peinture. Chez Intuis, on revendique 80% de composants d’origine européenne : l’acier vient de France, le cuivre aussi (ArcelorMittal), les ventilateurs sont français ou allemands, et les échangeurs français ou italiens. Les compresseurs viennent d’Asie, mais l’industriel «cherche à augmenter» la part de matériels en provenance de Slovénie.
L’adaptation aux objectifs européens d’élimination des gaz fluorés d’ici à 2050 est également un enjeu industriel. Depuis 4 ans, Intuis a fait le choix du R290, un fluide frigorigène issu du propane «qui émet 1 300 fois moins de particules que les autres fluides». Même décision, depuis le mois d’avril, chez Panasonic qui indique que le R290 a un potentiel de réchauffement planétaire (PRP) (unité de mesure de l’impact d'un fluide frigorigène ndlr) de 3, contre un PRP de 675 pour le R32. «Il y a un travail de formation des installateurs à avoir, le marché étant à 88% en pompes à chaleur bibloc et à 12% en monobloc, mais la monobloc est en très forte progression», précise Benoît Lecornu.
Les évolutions de MaPrimeRénov’, le principal dispositif gouvernemental d’aides, sont aussi une source d’inquiétudes de la part de certains acteurs. Bien que relevé de 1,6 milliard d’euros, pour atteindre 5 milliards au global en 2024, il engage une modification des modalités d’attribution, en privilégiant notamment les rénovations énergétiques globales. «Les évolutions de MaPrimeRénov’, plus compliquées pour les particuliers, vont casser la dynamique», alerte, pour l’Afpac, François Deroche. En revanche, sur le marché des professionnels, le décret tertiaire permet d’encourager le remplacement d’équipements chauffage-ventilation-climatisation plus âgés, se félicite-t-on chez Panasonic.
Malgré ce tableau incertain, des annonces d'envergure continuent de prouver la confiance des industriels. Atlantic a ainsi annoncé, vendredi 13 octobre, la construction d'une troisième usine de pompes à chaleur, à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire). L'objectif de cet investissement de 150 millions d'euros est de produire 180 000 unités d'ici 2028, soit le double de la production actuelle du groupe. Atlantic conditionne pour l'instant cet engagement à l'obtention d'un crédit d'impôt industrie verte.



