Etude

La filière électronique française a plus intérêt à se diversifier qu'à relocaliser

Une étude du cabinet Gifam Insights dresse les atouts et faiblesses de la filière électronique française, et identifie trois opportunités à saisir. Elle invite la filière à privilégier la localisation des activités d'avenir plutôt que la relocalisation d’activités parties en Asie.

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L'électronique française est à la croisée des chemins.

Lors des Rencontres de l’électronique, tenues à la Fieec (Fédération des industries électriques, électroniques et de communication) le 10 juin 2022, le cabinet Gifam Insights a présenté les conclusions d'une étude sur la valeur ajoutée de la filière électronique française pour le secteur électrique, avec ses forces, ses faiblesses et les défis à relever. L’étude met d'abord en avant les atouts de la filière électronique française : un savoir-faire et des compétences de haut niveau, des donneurs d’ordre d’envergure mondiale servant de locomotives d’innovation, un outil industriel flexible capable de répondre à toute demande, un modèle de proximité avec des relations fluides et transparentes avec les clients, et une réputation de qualité, fiabilité, sécurité et confiance.

Risque de perte de compétences

Elle pointe également plusieurs handicaps : manque de taille critique pour la plupart des entreprises de la filière, sous-investissement de modernisation numérique, désuétude du modèle industriel notamment dans la gestion des stocks, absence de dialogue avec les donneurs d’ordre sur leurs feuilles de route, dépendance de sources lointaines d’approvisionnement dans des domaines stratégiques comme le circuit imprimé, faible attractivité et difficultés à attirer des talents, et risque de perte de compétences à moyen terme en raison de la vieillesse de la pyramide des âges.

La filière est à la croisée des chemins. «S’il y a une chose à retenir de l’étude, ce sont les opportunités qui s’offrent aujourd’hui à la filière, souligne à L’Usine Nouvelle Laurent Cours, directeur de Gifam Insights. De sa capacité à les saisir dépendra son avenir.»

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Avec la disparition en France de l’informatique, de l’électronique grand public et de la téléphonie, la filière électronique française s’est considérablement contractée, se recentrant sur les secteurs d’application à petits et moyens volumes comme l’aérospatial, la défense, le médical, l’énergie, le ferroviaire ou l’industrie. Cela a entrainé la délocalisation des gros volumes ainsi que des composants passifs essentiels comme le circuit imprimé. Selon le Comité stratégique de filière, cette industrie compte environ 1 100 entreprises représentant 200 000 emplois directs et un chiffre d’affaires annuel de 15 milliards d’euros.

Vers une explosion des besoins d'électronique de puissance

L’étude identifie trois opportunités d'avenir : l’Internet des objets avec le développement de la connectivité et de l’intelligence dans les usines, le bâtiment, les villes ou encore les transports ; la transition écologique avec l’évolution vers des systèmes de pilotage plus fin de la consommation d’énergie ; et l’électrification, notamment dans l’automobile, avec une explosion des besoins d’électronique de puissance tant pour les véhicules que pour l’infrastructure de recharge de batterie.

Laurent Cours invite à penser non pas relocalisation, mais localisation, pour faire en sorte que les futures activités électroniques issues de ces trois opportunités soient localisées en France. «L’évolution constatée depuis quelques années, avec l’augmentation des coûts salariaux et la généralisation des règles environnementales en Chine joue en faveur de la France, estime-t-il. Cela se voit clairement dans le circuit imprimé. A cause des nouvelles règles anti-pollution, les usines en Chine sont en train de fermer pour être transférées au Vietnam.»

Jean-Luc Estienne, qui vient de céder son poste de président de l’Acsiel (syndicat professionnel des composants et équipements de production électronique) à Stéphane Martinez, ne dit pas autre chose. «L’expérience montre qu’il est difficile de faire revenir des productions parties en Asie, ajoute-t-il. C’est pourquoi la priorité doit être de garder les activités existantes et à venir en France. Cela passe par un dialogue tout au long de la chaine de valeur. Il faut agit dès la conception pour que les produits soient conçus pour être fabriqués en France.»

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