La filière française de circuit imprimé se trouve dans une situation critique. Dans un livre blanc publié par l’Acsiel, le syndicat professionnel des composants et équipements de production électronique, elle tire la sonnette d’alarme et propose un plan de rebond en trois actes qui passe par une implication forte des donneurs d’ordre et des pouvoirs publics. L’ambition est de doubler la taille de cette industrie essentielle aux équipements électroniques dans tous les secteurs, de la défense à l’industrie, en passant par l’aéronautique, la santé, l’énergie ou les transports.
En 20 ans, la production nationale de circuits imprimés s’est fortement contractée, avec la disparition de 85% des ateliers français de production. Depuis 2000, le chiffre d’affaires de la filière a été divisé par huit pour se stabiliser à partir de 2010 autour de 150 millions d’euros. «C’est le seuil plancher de viabilité de la filière, affirme à L’Usine Nouvelle Eric de Ponthaud, président de la section circuit imprimé de l’Acsiel et directeur général de CSI Sud-Ouest, une PME de 50 salariés et 6 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2019. Si on descend en dessous, on risque de ne plus trouver de fournisseurs ni d’experts, et de ne plus avoir les moyens d’investir assez pour rester compétitifs. Les conséquences seraient désastreuses pour l’ensemble de l’industrie car le circuit imprimé est la base de tout système électronique.»
Reprise des importations en 2021
La filière française compte aujourd'hui une dizaine de fabricants, une quinzaine d’usines et un millier de salariés. Avec la délocalisation des grands volumes en Asie dans les années 2000, elle s’est repliée sur les petits volumes avec le triptyque haute fiabilité, niveau technologique élevé et forte réactivité. Elle couvre aujourd’hui à peine 10 % de la consommation nationale, le reste étant assuré par des importations provenant à plus de 50 % de la Chine.

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«La crise du Covid a créé une prise de conscience de la nécessité de réduire cette dépendance, se félicite Eric de Ponthaud. La filière électronique a été considérée par le gouvernement comme essentielle à l’économie française. D’ailleurs nos usines n’ont jamais arrêté de tourner pendant le confinement.» Mais la pandémie a lourdement plombé l’activité en 2020. Du fait de sa dépendance vis-à-vis de l’aéronautique (23 % en 2019), la filière a vu son chiffre d’affaires chuter à 120 millions d’euros en 2020. Et les importations ont eu tendance à augmenter en 2021 du fait d’un fort démarrage de secteurs d’applications comme celui des communications ou de l’Internet des objets. La vigueur de la reprise a fait oublier aux donneurs d’ordre la volonté de réduire la dépendance vis-à-vis de l’Asie.
Eviter la disparition de la filière
«La filière reste malgré tout globalement profitable, précise Eric de Ponthaud, dont la société CSI Sud-Ouest fait partie de Cimulec qui compte 170 personnes, trois usines et un chiffre d’affaires de 20,4 millions d’euros en 2019. Mais si nous ne remontons pas rapidement la pente, nous risquons de ne plus être en mesure d’assurer les investissements nécessaires. Pour rester dans la course, nous devons maintenir un parc de machines à une valeur une fois et demie à deux fois le chiffre d’affaires, ce qui suppose d’investir 25 à 30 millions d’euros chaque année. C’est un effort important.»
Les responsables de la filière en appellent aux donneurs d’ordre (Airbus, Thales, Safran, Schneider Electric, Legrand…), qui jouent un rôle clé dans la chaîne logistique. Le premier acte du plan de rebond vise à récupérer les 20 à 30% de production perdue durant la période du Covid de façon à retrouver en 2022 le seuil critique de chiffre d’affaires de 150 millions d’euros. La priorité est d’éviter à court terme la disparition de la filière.
Eric de Ponthaud se montre optimiste sur l’issue des discussions menées avec les donneurs d’ordre. «C’est une étage de résilience indispensable à la survie de la filière, souligne-t-il. Les importations de circuits imprimés se montent à 1,5 milliard d’euros par an. Il suffit de faire rentrer 30 à 40 millions d’euros, soit moins de 5 % des importations, pour atteindre l’objectif. Les donneurs d’ordre pourront choisir de rapatrier les produits à plus forte valeur ajoutée. Il faudrait qu’ils acceptent de payer un peu plus cher car le circuit imprimé français revient 50 à 100 % plus cher que celui importé. Mais l’impact au niveau système restera faible.»
Relocaliser 10 % de la production importée
Le deuxième acte vise à relocaliser environ 10 % des productions importées avec le soutien des donneurs d’ordre et des sous-traitants électroniques de façon à atteindre en 2027 un chiffre d’affaires de 200 millions d’euros. «Notre outil de production est aujourd’hui chargé à seulement 60 à 70 %, confie Eric de Ponthaud. Nous voulons dans cette deuxième phase le saturer, ce qui passe par une réduction des importations, une augmentation des commandes et une reprise des recrutements. Là encore, la balle est dans le camp des donneurs d’ordre. Leur indépendance stratégique est en jeu.»
Le troisième acte ambitionne la création d’une usine de production de gros volumes pour les applications émergentes de l’automobile comme les cartes de puissance en carbure de silicium ou nitrure de gallium pour le véhicule électrique. Elle nécessite un investissement public-privé de 80 et 100 millions d’euros. Cela mettrait la filière sur un chiffre d’affaires de 300 millions d’euros à l’horizon 2032, soit le double du seuil plancher de survie. «Nous avons besoin pour ce projet du concours de l’Etat et de l’engagement ferme des constructeurs et équipementiers automobiles, sinon nous ne trouverons pas les financements nécessaires, avertit Eric de Ponthaud. Nous pensons être compétitifs en exploitant les nouveaux outils de l'automatisation et de l'industrie 4.0.»
Les détails de ce projet restent à déterminer. Il pourrait être confié à l’un des acteurs de la filière comme Elvia, plus grand acteur français avec cinq usines, 410 salariés et un chiffre d'affaires de 51 millions d'euros en 2019. Il pourrait aussi être réalisé par le biais d’un GIE, groupement d’intérêt économique.
Carte des fabricants et usines de circuits imprimés en France (Source: livre blanc de l'Acsiel)
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