L'Usine Nouvelle. - Direction et salariés de Suez se mobilisent contre votre projet. Que leur répondez-vous ?
Olivier Brousse. - Qu’avec notre projet, ils n’ont rien à craindre et tout à gagner ! Car c’est un projet français, industriel, qui préserve les emplois et même en créera ! C’est un projet qui a une ambition de long terme : accélérer la transformation écologique pour les collectivités et les entreprises. Et en face, que propose la direction de Suez ?
La rotation des actifs et la distribution d’1 milliard d’euros de dividendes aux actionnaires. C’est le capitalisme financier du XXe siècle dans toute sa splendeur. On pensait qu’il n’était plus d’actualité.
Engie est prêt à négocier avec vous, mais ils attendent aussi la contre-proposition de Suez. Allez-vous réévaluer votre offre ?
Le prix est une question importante, mais notre projet n’est pas qu’une question de prix. Il faut regarder le projet dans son ensemble. Nous, ce que nous proposons, c’est un projet de développement et d’innovation qui garantit un avenir à 250 000 personnes. Pas une vente à la découpe.
Que répondez-vous aux critiques sur votre projet et notamment sur les conséquences sur l’emploi ? Syndicats et dirigeants évoquent la suppression de 10 000 emplois. Que répondez-vous à ces accusations ?
Qu’elles sont grotesques, surtout au regard du fait que la direction de Suez s’est quant à elle vraiment séparée de 10 000 emplois en Europe en six semaines ! Aussi, je le redis : notre projet préservera 100% des emplois qu'il reste. Chaque salarié conservera 100% de ses avantages sociaux.
Les exemples récents de rachat ou de fusion avec notamment General Electric ou Nokia ont laissé des traumatismes importants.
On peut aussi se demander ce que serait aujourd’hui Peugeot sans Citroën, et demain sans Fiat… Nous, nous sommes dans le service et nos métiers demandent un personnel important et de plus en plus qualifié. Or ces emplois ne sont pas délocalisables. Notre président Antoine Frérot s’est engagé non seulement sur le maintien de l’emploi, mais aussi sur la préservation de l’intégralité des avantages sociaux. Car dans nos métiers l’enjeu principal est d’innover, et donc de trouver toujours plus de compétences pour inventer de nouvelles solutions. L’emploi et la qualification sont les moteurs de notre croissance et nos activités sont créatrices d’emploi : voilà pourquoi nous sommes crédibles quand on s’engage à préserver tous les emplois.
Le fait de fusionner les deux champions de l’eau et des déchets ne risque-t-il pas à terme d’appauvrir la R&D, notamment avec la reprise par Meridiam des activités "eau" en France ?
Nous y voyons au contraire une bonne solution pour l’avenir de l’eau en France, car cela garantit que Suez Eau France, repris par Meridiam, aura les moyens d’être un vrai concurrent. Mieux, ce sera un concurrent plus agressif car Meridiam s’est engagé non seulement à reprendre le centre de R&D de Suez en France, mais également les activités de construction (Degrémont) et surtout à doubler dans les prochaines années les investissements de Suez Eau France. Par rapport à aujourd’hui, la concurrence sera donc non seulement préservée, mais stimulée.
Les syndicats craignent un démantèlement du Suez en France. Outre la cession de l’eau à Meridiam, serez-vous amené à céder une partie des activités liées aux déchets ?
Nous voulons que tous les salariés de Suez nous rejoignent et nous ne nous séparerons pas d’activités si nous n’y sommes pas obligés pour des raisons de concurrence.
Est-ce que cette fusion ne va pas poser des problèmes de concurrence à l’international ? Et dans quels pays ?
Nos parts de marché mondiales sont de 3% pour Veolia et 2% pour Suez. Nous sommes présents sur des géographies distinctes et nous pouvons donc largement nous rapprocher, hors de France, sans problème de concentration. On peut avoir un vrai champion de la transition écologique. Les Etats-Unis ont gagné la bataille du numérique, la Chine celle de l’industrie. Nous pouvons gagner la bataille de la transition écologique.
Aujourd’hui, il n’y a pas de concurrent sur nos trois métiers, mais sur chacun d’entre eux la menace est réelle. La Chine est déjà bien présente dans le domaine de l’eau et elle a également des acteurs dans les déchets, notamment un fond chinois CNTY qui possède un incinérateur de déchets situé pas plus loin qu’Issy-les-Moulineaux. L’environnement est un enjeu majeur de développement et de souveraineté de la France.
Finalement, que diriez-vous aux salariés de Suez pour les rassurer ?
Je leur redis : notre projet c’est la préservation de 100% des emplois et des avantages sociaux. Nous le garantissons, nous réaffirmons être prêts à l'écrire. Depuis 15 jours, ce matraquage joue sur la peur des salariés. Or il faudra toujours des salariés dans nos métiers. Il n’y aura pas de perte de compétences et la concurrence continuera toujours en France, y compris dans le traitement et la distribution de l’eau. Quelle est l’alternative ? Distribuer 1 milliard d’euros de dividendes exceptionnelles en période de crise du Covid-19 ? Je pensais qu’on ne voulait plus de ce capitalisme-là. C’est une insulte faite aux salariés et à tous les Français.
Propos recueillis par Olivier Cognasse



