Le projet d’acquisition de Suez par Veolia "fait sens" a déclaré le Premier ministre Jean?Castex lors de la présentation du plan de relance, le 3?septembre. Il y voit la meilleure opportunité de préserver l’emploi dans les deux groupes. Pas sûr qu’il réussisse à convaincre la direction et les salariés du groupe Suez.
Le 30?août, Veolia a remis une proposition de rachat des parts d’Engie, premier actionnaire de Suez (29,9 %), pour 2,9?milliards d’euros, après que le président du conseil d’administration, Jean-Pierre?Clamadieu, a annoncé cet été sa volonté de se séparer de ces actifs. Veolia propose 15,50?euros par action, mais pourrait revoir sa proposition à la hausse. Si Engie accepte cette offre, Veolia lancera une offre publique d’achat sur les 70,1 % restants. Au total, cette acquisition lui coûterait quelque 10?milliards d’euros, sans compter la dette nette de Suez, qui s’élevait au 31?mars?2020 à 10,4?milliards d’euros.
Le chiffre d’affaires du nouveau groupe devrait atteindre environ 40?milliards d’euros. Le 1er?septembre, Antoine?Frérot, le PDG de Veolia, se montrait optimiste sur les suites de l’opération : "Je pense que notre projet est totalement convaincant et qu’il sera accepté." Il envisage de boucler cette acquisition dans un délai de douze à dix-huit mois. Mais le son de cloche n’est pas le même du côté de Suez. Bertrand?Camus, son directeur général, n’a pas tardé à contre-attaquer. "L’offre que notre concurrent historique a soumise à Engie [...] est particulièrement hostile. Cette annonce opportuniste et précipitée s’est construite sur la volonté de notre actionnaire de procéder à une revue stratégique de son portefeuille, à un moment où les enjeux écologiques sont une priorité", a-t-il expliqué aux salariés de Suez dans un courrier rendu public le 3?septembre.
La direction de Suez met en avant le risque d’un dépeçage du groupe, Antoine?Frérot ayant, d’ores et déjà, annoncé qu’il céderait les activités de distribution et de traitement de l’eau de Suez en France au fonds d’investissement Meridiam pour éviter une situation de quasi-monopole [lire l’encadré ci-dessous]. S’il a annoncé 500?millions d’euros de synergies, il a affirmé que cette acquisition n’aurait aucune conséquence pour l’emploi. "Au contraire, nous allons créer de nouvelles solutions et de nouveaux emplois", a promis le patron de Veolia.
Des arguments irrecevables chez Suez. "L’opération imaginée présente des risques majeurs et des incertitudes fortes en particulier sur nos équipes, nos emplois, l’avenir de nos activités eau en France [...]", lui a rétorqué Bertrand?Camus. La direction de Suez parviendra-t-elle à trouver des alliés pour contrecarrer les plans de Veolia ? Le Premier ministre a semblé exclure le recours à un chevalier blanc étranger pour reprendre les parts d’Engie.
Le marché mondial de l’eau, des déchets et des services à l’énergie, estimé à 1 400?milliards d’euros, est très éclaté. Veolia revendique le leadership mondial avec 2 à 3 % de parts de marché. Le nouvel ensemble détiendrait 5 % du marché mondial. Et si certaines méga fusions ont échoué, Antoine?Frérot préfère se référer aux exemples de Total-Elf et Sanofi-Aventis...
Meridiam au centre du jeu
Antoine?Frérot, le patron de Veolia, a sorti de sa manche Meridiam. Ce fonds d’investissement spécialisé dans les infrastructures publiques pourrait reprendre les activités de Suez en France dans le traitement et la distribution de l’eau (2,1?milliards d’euros de chiffre d’affaires). Meridiam a été créée en 2005 par l’ancien directeur d’Egis Projects, Thierry?Déau. Il a certes échoué dans sa tentative de reprise de la Saur, mais il détient déjà un portefeuille bien garni. Ce fonds est présent dans plus de 80?projets (dont une vingtaine en France) d’une valeur de 60?milliards d’euros avec 8?milliards d’euros d’actifs. Il se positionne sur trois?grands domaines : les projets liés à la transition écologique, les infrastructures sociales (hôpitaux, écoles, universités, palais de justice...) et la mobilité (ports, lignes de chemin de fer, ponts, tunnels...).



