« Nous sommes une space biotech, un nouveau genre d’entreprise », lance Emeric Lhomme au sujet d’Astrolab SAS - à ne pas confondre avec la start-up californienne éponyme qui conçoit des rovers. C’est en avril 2023 que cet ancien d’ArianeGroup et d’Airbus Helicopters a créé cette deeptech qu'il veut atypique, installée sur le campus d’entreprises iXcampus, à Saint-Germain-en-Laye. L’autre cofondateur, Mathieu Chaize, jouit également d’une expérience de plus de dix ans chez le constructeur de lanceurs spatiaux.
Astrolab SAS se positionne au carrefour du new space et des biotechnologies. « Nous comptons développer des applications biotechs en micro-gravité, à des fins commerciales ou cliniques, en partenariat avec des laboratoires de recherche, des groupes pharmaceutiques… précise-t-il. Et nous développons aussi les mini-laboratoires spatiaux robotisés pour faire mûrir et ensuite exploiter ces applications. »
Cette démarche est, selon lui, unique. A titre de comparaison, la start-up américaine Varda Space a fait part de son intention de placer sur orbite basse des laboratoires automatisés plus généralistes, qui pourraient fabriquer des fibres optiques, des semi-conducteurs ou encore des médicaments.
Industrialiser les expérimentations en micro-gravité
Dans le fond, cependant, le message est similaire : l’objectif est de fluidifier le processus des expérimentations en micro-gravité, souvent prometteuses mais sans débouché commercial, du moins dans le secteur de la biologie.
« Aucune thérapie ne vient de là-haut, aucun produit pharmaceutique actuel n’a été fabriqué dans l’espace, constate Emeric Lhomme. Les propriétés de la micro-gravité, notamment dans le domaine de la biotech, ont été largement démontrées, que ce soit dans l’expression des gènes, le comportement des cellules ou la capacité à fabriquer des structures 3D comme les cristaux de protéines ou certains organoïdes (organes miniatures synthétiques pour tests pré-cliniques, ndlr), que l’on n’arrive pas à produire sur Terre. Mais il y a une énorme différence entre l’obtention de premiers résultats expérimentaux intéressants et des applications commerciales ou cliniques. »
Emeric Lhomme cite en exemple l’Agence spatiale européenne qui peut commander « six à huit ans à l’avance » des expériences scientifiques, « sans se poser la question des usages commerciaux. »
Minimiser la masse envoyée sur orbite
La solution, avance-t-il, « c’est de voler fréquemment, de pouvoir itérer (les expériences) rapidement et à coût raisonnable. Soit exactement l’inverse des conditions d’expérimentation à bord de la station spatiale internationale (ISS). La présence humaine et le coût récurrent du transport sont les leviers sur lesquels on peut agir pour abaisser le coût et la complexité des infrastructures spatiales. »
L’activité d’Astrolab SAS s’appuiera donc sur plusieurs laboratoires automatisés de la taille d’une cage de football, stationnés en orbite, qui seront ravitaillés régulièrement avec des cellules biologiques et autres milieux de culture. « Le principe est de minimiser la masse envoyée en orbite sur l’ensemble du cycle de vie du laboratoire », indique Emeric Lhomme.
Une distinction importante avec « dizaine ou quinzaine de start-ups » occupant le créneau de la production spatiale, explique-t-il : « Elles optent pour des capsules ou véhicules réutilisables qui restent deux ou trois mois en orbite avant de revenir sur Terre. Question empreinte carbone, c’est absurde. »
Une mise en service prévue en 2029
L’échéance est bien sûr encore lointaine, Astrolab SAS étant un nouveau-né. « Le déploiement de la première station opérationnelle est prévu en 2029, juste avant le retrait de l’ISS », déclare Emeric Lhomme. Les spécifications techniques de ces laboratoires automatisés ne sont pas encore définies. « On ne sait pas encore ce qu’on va y fabriquer, justifie Emeric Lhomme. Notre priorité, c’est de développer ces applications. »
La feuille de route a été tracée pour y voir plus clair. « Nous allons prototyper en 2024 un mini-laboratoire qui sera transféré en orbite l’année suivante en partenariat avec des groupes de recherche, des biotechs, des groupes pharmaceutiques…, détaille Emeric Lhomme. Notre but, année après année jusqu’en 2029, sera d’identifier et de valider les applications qui font sens pour ces partenaires, de concevoir tous les systèmes nécessaires et d’établir un modèle commercial viable. »
Le travail a aussi commencé sur les technologies-clés du transport : le ravitaillement automatisé, en collaboration avec des spécialistes de la logistique spatiale, ainsi que la capsule de ravitaillement et de retour sur Terre. Certains produits uniques à très haute valeur ajoutée, comme les organoïdes, pourraient motiver ce rapatriement forcément plus coûteux.



