Considérée comme l’un des fleurons du new space à la française, la deeptech rémoise Latitude gravit un nouvel échelon dans sa conquête de l’espace. « La superficie de notre site de la Neuvillette s’accroît de 1500 à 3000 m2 », annonce Isabelle Valentin, directrice des opérations, qui rejoint l’industrie spatiale après trente ans de carrière dans l’automobile.
C’est dans ce quartier, situé au nord de la cité des Rois, que Latitude conçoit et s’apprête à assembler son microlanceur Zéphyr de 17 mètres de haut, qui devra montrer sa capacité à expédier des satellites de 100 kg en orbite basse. Grâce à l’extension de son usine, qui doit être opérationnelle début novembre 2023, la deeptech se donne les moyens d’atteindre un premier jalon, qui est de fabriquer 10 fusées par an.
Quand les affaires commerciales prendront leur rythme de croisière, probablement en 2026, quelque 50 Zéphyr seront envisagés en production chaque année. Une évolution qui réclamera des infrastructures d’une autre ampleur.
Vérifier la répétabilité et la reproductibilité des pièces et des opérations
Mais Latitude n’en est pas encore là. « Nous montons une maquette à l’échelle 1:1 du premier étage, équipé de ses neuf moteurs », indique Isabelle Valentin. La fabrication et l’assemblage du premier Zéphyr qui s’élancera dans l’espace pour son vol inaugural, entre fin 2024 et début 2025, débutera par la suite grâce à l’agrandissement des locaux, qui double la surface des bureaux et de la zone de production.
Dix imprimantes 3D plastique sont arrivées sur place début septembre. « Elles serviront à produire et à valider des pièces entourant notre moteur, précise Isabelle Valentin. On s’assure qu’on pourra les fabriquer avec la répétabilité et la reproductibilité nécessaires pour commencer une production en série. »
Le moteur dont il est question, baptisé Navier, est quant à lui réalisé par la société luxembourgeoise Saturne Technology grâce à un procédé de fabrication additive métallique. Un premier prototype, Mk1, a été testé au sol avec succès sur le pas de tir écossais de Saxavord, fin janvier 2023.
Aux dix imprimantes 3D s’ajoutent deux centres d’usinage cinq axes, qui permettront de « fabriquer les pièces de la turbo-pompe (complémentaire du moteur, ndlr) et d’autres raccords qui ont besoin d’être usinés ou rectifiés », complète Isabelle Valentin.
Les structures du fuselage, comme le moteur Navier, seront fabriquées ailleurs – le nom du prestataire n’est pas communiqué – avant d’être assemblées à la Neuvillette, dans une zone ad hoc représentant deux tiers de la zone de production.
La certification ISO 9001 attendue mi-2024
« C’est un assemblage à façon de haute précision, souligne Isabelle Valentin, et nous allons définir avec les équipes techniques ce qui sera approprié ou non. La question est de savoir, par exemple, comment nous allons procéder pour assembler tous les moteurs sur le premier étage. »
Par ailleurs, « il y a encore beaucoup de travail sur le packaging des trois éléments importants – les deux étages et la coiffe – et leur transport jusqu’à la zone de tir », continue-t-elle.
Il est encore trop tôt pour intégrer l’attirail technologique propre à l’industrie 4.0. Mais quelques pistes de réflexion sont engagées, énumère Isabelle Valentin : « Dans un premier temps, ce sera la sauvegarde des données de production, l’installation de cobots pour le contrôle qualité en temps réel, ainsi que la traçabilité. »
Une démarche qualité a été entreprise dans le même temps. « Nous prévoyons d’obtenir la certification ISO 9001 mi-2024, ainsi que l’autorisation de vol au cours de la même année », confie Isabelle Valentin. D’ici là, en janvier 2024, les effectifs devraient compter 150 employés au lieu de 70. Un autre signe que Latitude monte en régime.



