Objectif Lune pour Michelin, qui développe une roue sans air pour rover lunaire. Le consortium dont fait partie le géant clermontois du pneumatique, ainsi que Boeing – qui s’occupe de l’intégration du véhicule – et Intuitive Machine, spécialiste américain de l’alunissage, a rendu début mai une proposition technique à la Nasa.
L’agence spatiale américaine avait lancé un appel à projet, dans le cadre du projet Artemis qui prévoit des voyages lunaires habités en 2027, pour la conception de rovers. Ceux-ci auront pour tâche d’explorer 10 ans durant le pôle Sud du satellite terrestre. À l’occasion de l’ouverture à la presse de son centre de R&D à Ladoux (Puy-de-Dôme) les 12 et 13 mai, Michelin a présenté sa roue lunaire, baptisée Milaw, développée dans le cadre de l’appel à projet.
Le deuxième consortium réunit les américains Goodyear, General Motors et Lunar Outpost tandis que l’entreprise monégasque Venturi est le dernier candidat. La Nasa entend sécuriser un budget définitif auprès du gouvernement américain et choisir un des trois projets d’ici novembre 2025.
Une roue sans air à base de thermoplastiques
« Il fallait forcément des capacités de mobilité innovantes », avance Sylvain Barthet, responsable du projet roue lunaire à Michelin, qui rappelle que la roue sera potentiellement soumise à des températures oscillant entre -240°C et 100°C. « Des élastomères classiques, comme ceux que l’on utilise pour les pneus, ne peuvent pas fonctionner. Il nous a fallu chercher de nouveaux matériaux résistant au froid et aux radiations cosmiques et solaires », rajoute-t-il. La roue Milaw (pour Michelin lunar airless wheel) est constituée d’un thermoplastique « à haute performance », dont la composition est gardée secrète.
La forme originale de Milaw permet, d’après Sylvain Barthet, une « mastication » des éventuels corps étrangers pénétrant la roue par ses côtés, évitant ainsi tout blocage. Des tests, dans des conditions se rapprochant le plus possible du sol lunaire, ont notamment été effectués dans la région du volcan auvergnat de Lemptégy. Michelin s’est par ailleurs rapproché du centre national d’études spatiales (Cnes) pour connaître et reproduire les conditions spécifiques auxquelles sa roue serait confrontée au pôle Sud de la Lune, notamment concernant les rayonnements solaires.
Le défi de la longévité
Le défi principal à surmonter, notamment par rapport aux précédentes missions lunaires, concerne la longévité des roues des rovers demandée par la Nasa, d’après Sylvain Barthet. Au cours des missions Apollo des années 1970, la Nasa avait équipé ses véhicules de roues à maillage métalliques, capable de rouler une quarantaine de kilomètres, rappelle-t-il. « Aujourd’hui, l’objectif est de rouler 10 000 km sur une période de 10 ans ».
La Nasa compte en effet laisser le véhicule une décennie sur la Lune, afin que celui-ci continue ses explorations de manière autonome, ou qu'il serve aux futurs explorateurs lunaires. D’où l’intérêt d’utiliser un thermoplastique aux propriétés d’endurance bien plus élevées que le métal, d’après Michelin. Le coût est par ailleurs une contrainte nouvelle à prendre en compte, selon Sylvain Barthet : « Pour les missions Apollo, je ne dis pas que la Nasa signait des chèques en blanc, mais pas loin », ironise-t-il.



