Dernière ligne droite à Toulouse pour le petit rover spatial co-développé par le Cnes et l'agence spatiale allemande DLR. Idefix, c'est son nom, a été présenté à la presse jeudi 7 septembre à Toulouse. Il participe activement à la mission MMX (Mars Moon eXploration), conduite par l'agence spatiale japonaise Jaxa.
Cette mission scientifique internationale est entièrement dédiée à l'étude des deux lunes de Mars, Phobos et Deimos. MMX, dont le lancement est prévu pour septembre 2024, embarquera à la fois une sonde et le petit rover franco-allemand. La sonde sera capable de se poser sur Phobos pour y récolter un peu plus de 10 grammes de matière, après une première phase d'étude en quasi-orbite. Elle réalisera également une série de survols de Deimos et libèrera ensuite un module capable de ramener les échantillons prélevés sur Phobos jusqu'à la Terre.
Marina Angel Stéphane Mary, chef du projet rover au CNES présente les caractéristiques d’Idefix.
De son côté, Idefix aura la délicate mission de réussir son atterrissage sur Phobos et de rouler sur quelques mètres à sa surface. « Un exercice loin d'être simple et complètement inédit, quand on sait que la gravité y est environ 1 800 fois moindre que sur Terre », souligne Stéphane Mary, chef du projet rover au CNES. Au-delà la mission scientifique, l'enjeu est bien technologique.
Un démonstrateur technologique pour le newspace français
« Ce petit rover très compact d'à peine 25 kg fait la démonstration de la capacité des équipes françaises à développer une solution complète dans un temps relativement court, en mobilisant des technologies déjà éprouvées dans le cadre des nanosatellites », précise Stéphane Mary. A bord, on recense des systèmes développés « sur étagère » par une quinzaine de PME françaises, dont un calculateur de bord de Steel Electronique, des systèmes de puissance d'Erems, un générateur solaire d'Hemeria, un instrument optique d'Optsys ou encore des antennes d'Anywaves.
« Notre ambition dans la foulée d'Idefix est de nous positionner pour répondre à d'autres appels d'offres internationaux », insiste Stéphane Mary. Pour l'heure, les phases d'assemblage et d'intégration, conduites au centre spatial de Toulouse, se terminent. Les tests de vibration et d'environnement spatial ont été réalisés. « Un dernier aller-retour sur le site voisin d'Airbus Defence and Space à Ramonville est prévu fin septembre pour les tests de compatibilité électromagnétique avant la livraison aux japonais programmée en novembre prochain », détaille Guillemette Lamy, responsable de l'équipe intégration-assemblage-tests au Cnes.
Un instrument d'exploration scientifique
Dans le cadre de la mission MMX, Idefix aura un rôle à la fois d'éclaireur et d'explorateur. Il doit toucher le sol de Phobos au début de l'année 2027, s'assurer du comportement de la surface vis-à-vis d'actions mécaniques et relayer ces informations à la Jaxa pour préparer au mieux l'atterrissage de la sonde. Concrètement, il sera largué à environ 35 mètres au-dessus du sol. Son premier défi sera de se mettre en bonne position grâce à un système ingénieux qui lui permet un rouler-bouler avant de se stabiliser.
Le second défi sera de se mettre en mouvement sur quelques mètres. L'objectif est de parcourir entre 30 et 100 mètres. Les caméras embarquées lui permettront d'envoyer les premiers clichés du sol et son comportement contribuera aussi à avoir une idée de la nature de ce sol.
Réduire les incertitudes sur l'histoire du système solaire précoce
Au-delà du rover, le Cnes participe également à la mission MMX via l'instrument MIRS, un spectromètre imageur proche-infrarouge installé sur le corps principal de la sonde. Actif durant les phases d'observations autour de Phobos ou lors de passages devant Deimos, MIRS participera à identifier la nature des sols de la surface des deux lunes de Mars.
« Les données de MIRS et celles d'IDEFIX contribueront à mieux comprendre les mécanismes de formation des lunes de Mars et plus largement l'histoire du système solaire précoce et à réduire les paramètres libres dans nos modélisations », s'enthousiasme Patrick Michel, directeur de recherche au CNRS, responsable de l'équipe de l'équipe TOP (Théories & Observations en Planétologie) à l'Observatoire de la Côte d'Azur et responsable scientifique français du rover MMX.
L'analyse des échantillons du sol de Phobos, dont le retour sur Terre est attendu pour 2029, viendra compléter ces premières informations.



