La coopérative Vivescia (Francine, Campaillette) crée une prime inédite pour la transition de ses agriculteurs

Acteur français majeur de la malterie et de la meunerie, la coopérative Vivescia a annoncé au Salon de l’agriculture la mise en place d’une prime inédite pour soutenir la transition écologique de ses agriculteurs. Accompagnée par l'Inrae, cette initiative doit compléter les revenus de ses derniers tout en permettant de régénérer les sols.

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L'objectif est d'agir sur l'empreinte carbone des produits agricoles mais aussi sur la santé des sols.

Qui a dit que les coopératives rechignaient à faire des efforts de décarbonation ? Acteur français majeur de la malterie et de la meunerie, avec des marques nationales comme Francine, Vivescia a décidé de prendre le problème à la racine. La coopérative de 10 000 agriculteurs a annoncé un programme de transition lors du Salon de l’agriculture qui s’est achevé le 3 mars. Jusqu'à 1000 agriculteurs vont recevoir une prime comprise entre 100 et 150 euros par hectare pour déployer des pratiques plus conformes à l’urgence écologique sur leurs exploitations. «D’ici 2030, nous sommes confiants pour que les 200 premiers agriculteurs associés au programme aient baissé leur empreinte carbone de 20%», indique à L'Usine Nouvelle Valérie Frapier, la directrice RSE de Vivescia. 500 agriculteurs sont attendus dans le programme en 2024 et 1000 en 2026.

Engager la transition de 1000 agriculteurs d'ici 2026

Ce programme, lancé en toute discrétion mi-2023, se chiffre en «dizaines de millions d’euros». Outre les primes, un accompagnement technique gratuit est mis en place pour former les agriculteurs aux nouvelles pratiques. Vivescia est toutefois peu disert sur ces dernières et leur mise en place dans les fermes. Elle indique simplement se concentrer sur le «carbone, la santé des sols, la biodiversité».

L'Inrae, l’Institut national de la recherche agronomique, s’est aussi embarqué dans l’aventure. «Nous allons les aider à se poser des questions sur les leviers à utiliser pour transformer les exploitations, détaille à L'Usine Nouvelle Christian Huyghe, le directeur scientifique agriculture de l’institut public. L’objectif numéro 1 est de faire évoluer la fertilisation azotée. Nous avons besoin de recourir à la fertilisation de précision, d’intégrer plus de légumineusesdans les rotations (plantes qui permettent d’apporter de l’azote au sol, ndlr), d’améliorer l’utilisation des effluents dans les zones de polyculture élevage…»

Soutien à la transition et petite aide au revenu

Côté comptabilité, les montants annoncés semblent intéressants pour les exploitants. A 150€ l’hectare pour un «bon élève» producteur de blé, cela revient, aux cours actuels autour de 200€ la tonne, et avec un rendement de 75 quintaux par hectare, à une «prime transition» de 10%. Pas vraiment négligeable d’autant que Valérie Frapier assure que la prime «couvre les coûts de mise en œuvre des leviers agronomiques et permet aussi une petite création de valeur pour le coopérateur.» La directrice RSE indique que ce sont les «clients» de la coopérative qui financent à 90% l’opération. «Nous vendons désormais des grains et des services environnementaux associés à de la donnée», résume-t-elle.

Pour avoir prise sur l’ensemble de la rotation des agriculteurs et pas seulement la partie qu’elle achète, Vivescia a réussi le petit exploit de mettre d’autres coopératives et industriels autour de la table – bien que parfois concurrents.  L'objectif est d'avoir un effet démultiplié sur le changement de pratiques. Tereos ou Roquette prennent par exemple part au projet. Rendez-vous dans trois ans pour voir si l’évolution concrète des pratiques agronomiques a bien été enclenchée.

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