Le groupe laitier français Sodiaal va être sommé de réduire de 20% d'ici 2030 l'empreinte carbone des 4,3 milliards de litres qu'il collecte chaque année. Un objectif qu’il faudra mettre en place dans les 9000 fermes qui composent la coopérative, connue pour ses marques grand public Candia, Yoplait ou encore Entremont. La tâche suppose un effort conséquent alors que d’après Sodiaal, l’empreinte carbone par litre de lait n’a diminué que de 3,9% entre 2019 et 2022, soit moins d’un 1% par an. A titre de comparaison, Danone, plutôt bon élève sur le sujet, indique avoir baissé de 10% l'empreinte carbone de sa collecte laitière en France entre 2017 et 2022 et ambitionner 15% supplémentaires d'ici 2025.
«Le contexte actuel assez incroyable avec l’inflation, les négociations commerciales… Il y a beaucoup de choses lourdes pour notre filière laitière, indique Frédéric Chausson, directeur développement durable de Sodiaal qui espère jongler entre le revenu des éleveurs et les enjeux climatiques. A côté, un nouveau paradigme environnemental est en train d’émerger de manière très importante : le changement climatique à des impacts très concrets pour nos éleveurs et la façon dont nous commercialisons nos produits.» Des propos prononcés en introduction d'une conférence de presse sur la stratégie de décarbonation de la collecte de la première coopérative laitière nationale le 14 février.
Concrètement, Sodiaal annonce dans un premier temps la mise en place d’une «prime durabilité» avec une enveloppe dotée de 10 millions d’euros par an. Elle repose sur deux volets : la première est touchée en fonction des émissions brutes du litre de lait. Pour commencer à la percevoir, il faut avoir une empreinte inférieure à 1 kilo de CO2 (ou équivalent) par litre de lait produit. Cette prime s’échelonne entre 1 et 3 euros les 1000 litres.
Un faible niveau de prime qui interroge
Le deuxième volet, l'aspect biodiversité, calculé à partir du ratio entre les surfaces dédiées à la biodiversité, comme les haies, et la surface totale de l'exploitation. Cette prime s’échelonne entre 1 et 2 euros la tonne de lait. Au total, une prime maximale de 5 euros peut donc être touchée. Comme Sodiaal paie actuellement la tonne de lait, hors primes de qualité, 450 euros, la «prime durabilité» maximale correspond à environ 1% du prix payé à l’éleveur. La coopérative précise que cela permet pour un éleveur qui produit 600 000 litres de lait par an (l'équivalent d'un élevage d'environ 90 vaches ndlr), de toucher jusqu’à 3000 euros par an.

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Reste que le niveau de prime interroge. Sodiaal indique que pour atteindre les 20% de réduction d’empreinte carbone un ensemble de pratiques peuvent être déployées : avoir par exemple une ration au plus près des besoins de la vache, intégrer des compléments alimentaires, comme le Bovaer®, qui permettent de réduire ses émissions de méthane, investir dans des équipements plus performants…
Un projet à l'impact carbone finalement incertain
A titre de comparaison, le groupe Bel, a prévu une prime de 10 euros la tonne de lait si les producteurs acceptent d’intégrer le Bovaer® à la ration des vaches. Anne-Sophie Delassus, agricultrice et présidente de la région nord chez Sodiaal, a d'ailleurs admis lors de la conférence de presse que cette prime ne compense qu'«en partie le surcoût que peuvent représenter ces actions» pour les exploitations.
De quoi interroger sur l'aptitude qu'aura la coopérative à mobiliser massivement les éleveurs dans ces conditions, le sujet de la rémunération de ces derniers demeurant d’une actualité brûlante - même si le niveau de prix actuellement payé l'exempte des critiques des éleveurs contrairement à Lactalis et Savencia. En 2022, Sodiaal avait dû faire face à la fronde importante de ses coopérateurs en 2022 en raison d'un prix du lait jugé insuffisant.
La différence par rapport à certains concurrents comme Bel ou Danone aux projets de décarbonation de l'amont agricole sur le papier beaucoup plus ambitieux se fait probablement sur la hauteur de l’obstacle à sauter : les 10 millions d’euros prévus par Sodiaal devraient permettre de rémunérer près de la moitié des producteurs de la coopérative dès 2024 s’ils se mettent en ligne avec les pratiques demandées. La coopérative indique que 84% des exploitations sont déjà éligibles.
D'autres sources de financement encore à trouver
Sodiaal indique qu'il lui faudra trouver d'autres sources de financements pour atteindre sa cible de réduction de 20% de l'empreinte carbone de son lait à horizon 2030.En parallèle, elle ne fournit aucune information sur les conséquences attendues de cette feuille de route sur son bilan carbone après le déploiement de cette première prime.
Autre difficulté, l’épineuse question des bilans carbone réalisés sur les exploitations - une difficulté loin d'être propre à Sodiaal. La grande majorité des coopérateurs a surtout réalisé des auto-diagnostics "Self CO2", réalisables en ligne en une demi-heure. La coopérative demande du temps et de l’indulgence. «C’est le début d’une histoire, défend Frédéric Chausson. Nous voulons prouver aux parties prenantes que nous sommes sur le chemin de la réduction des GES.» Un chemin qui a plutôt l'air pour l'instant d'un sentier mal balisé.



