La «transition alimentaire et environnementale» est à l'ordre du jour pour le groupe Avril. Ce dernier a présenté le 13 février sa feuille de route afin de décarboner son approvisionnement pour la fabrication de deux de ses huiles vendues sous la marque Lesieur. A compter du mois d'avril, l’intégralité des gammes Fleur de colza et Cœur de tournesol, qui pèsent moins de 10% du chiffre d’affaires de Lesieur, vont devenir les VRP de la démarche «huiles engagées» : 20 millions de litres d’huile végétale sont poussés au "verdissement".
Un cahier des charges inspiré des pratiques d'agriculture régénérative
C’est sur le site historique de Coudekerque-Branche (Nord) que l’initiative a été présentée, le jour même du démarrage de la production de la nouvelle gamme de bouteilles d’huile. Une démarche résultant «d’un projet lancé il y a deux ans», dixit Claude-Emma Komly, la directrice RSE de Lesieur. L’ensemble de la chaine de valeur a été associée à sa construction : organismes stockeurs, unités de trituration… sans oublier les agriculteurs évidemment. Dans le sillage des projets d’agriculture régénératrice adoptés par un nombre croissant de géants de l’agroalimentaire, Lesieur se dote d’un cahier des charges discrétionnaire.
«Il y a trois piliers principaux, détaille Claude-Emma Komly. D’abord, avoir des cultures plus robustes et résilientes, en adaptant la date de semis par exemple. Nous souhaitons aussi diminuer l’utilisation d’intrants chimiques de synthèse (pesticides et engrais, ndlr), par exemple en encourageant l’adoption de couverts végétaux. Enfin, nous avons un volet biodiversité, en favorisant par exemple l’adoption de bandes fleuries.»
Choisir parmi 15 pratiques agronomiques
La première récolte a été faite. «Pour l’instant, nous n’avons pas de mal à recruter des agriculteurs, confie Cynthia Riblet, la directrice marketing de Lesieur. Nous verrons ce qu’il en est quand nous durcirons les pratiques.» Pour cette première cuvée 2024, l’industriel a mobilisé 500 agriculteurs qui ont dû adopter trois pratiques au choix parmi la quinzaine édictée par la charte. Lesieur indique qu’il rendra public une version simplifiée de l’ensemble des pratiques demandées aux agriculteurs – ce qui n'est pas encore le cas au moment de la publication de cet article. Par ailleurs, si l’industriel indique que les niveaux de primes seront modulés en fonction des pratiques adoptées, il refuse de détailler son système ainsi que l’enveloppe allouée.

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Côté prix, les huiles devraient être vendues au consommateur avec un surcoût lié au financement de la démarche d’environ 10 centimes, soit une hausse de moins de 4%. Subtilité toutefois : le groupe n’ayant pas souhaité investir sur de coûteuses lignes de ségrégation des graines, celles issues la démarche «huiles engagées» seront réparties sur les différentes gammes produites sur le site - et non spécifiquement allouées aux marques Fleur de colza et Cœur de tournesol. Prochaine étape, faire basculer la gamme ISO4, huile composée de colza et de tournesol, dans le programme. Au total, 150 millions de litres d'huiles sont produits chaque année sur le site de Coudekerque-Branche pour le grand public.
Aucune communication sur les objectifs de réduction du CO2
Et puisque Lesieur ambitionne d’engager toutes ses graines dans la démarche d’ici 2030, il lui faudra convaincre les autres industriels qui achètent son huile, une part importante de son activité. Avant cela, l'industriel devra surtout donner des gages sur les conséquences de sa démarche, le groupe étant pour l’instant très frileux sur le sujet. Aucun objectif de réduction des pesticides ou de l’engrais azoté de synthèse n’est communiqué. Pas plus qu’un effet en termes de réduction des émissions de CO2 (ou équivalent) en cas d’adoption de la charte «huiles engagées». Frileux.



