Impossible de manquer la brasserie d’Obernai (Bas-Rhin). Implantée sur 69 hectares non loin de Strasbourg, elle produit notamment les fameuses bières 1664 et Kronenbourg. L’entreprise, propriété du danois Carlsberg depuis 2008, s’est lancée dans un vaste projet de réduction de son empreinte carbone. Avec près d'un quart des bières consommées en Hexagone qui sortent de ce site, l’impact du chantier est énorme.
Ce 7 juin, Kronenbourg a soufflé la première bougie de sa filière orge «responsable». L’orge est nécessaire pour former le malt, ingrédient incontournable de la bière. Le brasseur s’implique dans la transition de la filière : pour cette première année, 5 000 tonnes de cette orge plus durable auront alimenté sa production de bières blondes 1664. Au total, 20% du malt de la fameuse bière en a bénéficié. A l’échelle des 6 millions d’hectolitres qui sortent de la brasserie, cela ne représente encore que 4% des volumes.
Transition en douceur
La brasserie Kronenbourg a décidé de faire connaitre à ses consommateurs son engagement. En pratique, ce dernier peut désormais scanner un QR code sur sa bouteille et – une fois qu’il aura trouvé le numéro de série – découvrir son cheminement du champ à la buvette. L’orge «responsable» est aussi tracée depuis la parcelle de l’agriculteur jusqu’à la cuve où elle est brassée, en passant évidemment par la malterie. Une initiative réalisée en partenariat avec la coopérative In Vivo. Kronenbourg souhaite remplir l’intégralité de ses 1664 avec cette orge plus durable dès 2026.
Cette céréale est produite selon un cahier des charges qui repose largement sur la certification HVE (pour «haute valeur environnementale»), un label mis en place par l’Etat, souvent présenté comme une étape de transition vers l’agroécologie. Précision, cette certification se fait sur trois niveaux, et les coopérateurs d’In Vivo ne doivent atteindre que le niveau 2 sur 3 pour bénéficier de l’appellation «orge responsable». Un objectif largement accessible pour la plupart des agriculteurs hexagonaux.

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Faut-il y voir un manque d’exigence ? Kronenbourg argue qu’il doit rivaliser avec la concurrence. Si le groupe ne communique pas sur la prime versée aux agriculteurs impliqués dans cette filière (120 à ce jour, avec l’objectif d’en avoir 250 en 2026), cet engagement représente un surcoût qu’il faut compenser. Une entreprise comme Heineken a lancé une stratégie «d’agriculture raisonnée», au cahier des charges tout à fait discrétionnaire, témoin d’une volonté de transition en douceur.
Efforts sur l'eau et l'énergie
La transition ne s’arrête pas là. Pour parvenir à la neutralité carbone de la gigantesque brasserie Kronenbourg d’ici 2030, l’entreprise, qui dispose à date dans son «mix» de 17% de biogaz, obtenu par la méthanisation des déchets organiques du site, est à la recherche de contrats d’approvisionnement en énergie «verte» pour atteindre la neutralité sur ce poste sous «trois ans», dixit Agnès d’Anthonay, directrice développement durable du groupe. Si elle ne communique pas sur le surcoût, plusieurs solutions devraient être retenues pour alimenter une usine particulièrement gourmande (130 GWh par an), qu’il s’agisse de solaire, de méthanisation ou de biomasse.
En parallèle, Kronenbourg poursuit ses efforts sur l’eau. Il fallait presque 5 litres d’eau pour fabriquer un litre de bière en 2018 (12 à l’ouverture de l’usine en 1969) : elle a réduit ce chiffre de 20% depuis et vise un ambitieux 2,5 litres d’ici la fin de la décennie. Il a fallu organiser une traque pour ramener la consommation du site à 400 000 m3 annuels : «150 process ont été revus et optimisés pour la production de bière», indique le groupe, notamment sur les nettoyages pour réduire la facture. Idem côté recyclage avec la mise en place d' «un système de récupération d’eau sur le circuit de refroidissement des centrifugeuses (processus pour la séparation levure/bière). Ce recyclage a permis de réduire la consommation de 60 000 m3 d’eau par an», détaille Kronenbourg. Dans la bière, il n’y a pas de demi-mesure !



