La construction de la première usine de terres rares lourdes hors de Chine démarre à Lacq

Caremag, filiale de la start-up française Carester, annonce lundi 17 mars avoir récolté 216 millions d’euros pour démarrer à Lacq (Pyrénées-Atlantiques) la construction de la première usine de séparation de terres rares lourdes hors de Chine. Stratégique pour les moteurs électriques et les éoliennes, le projet est financé par des investisseurs japonais et l’Etat français. L’usine, qui doit démarrer fin 2026, approvisionnera entre autres le constructeur automobile Stellantis. 

Réservé aux abonnés
Caremag
Vue d'artiste de la future usine Caremag.

«C’est l’aboutissement d’un projet sur lequel on travaille depuis des années», souffle Frédéric Carencotte. Lundi 17 mars, la start-up qu’il a fondée en 2019, Carester, fête deux grandes nouvelles. Une levée de fonds de 216 millions d’euros pour sa filiale Caremag et, dans la foulée, la pose de la première pierre de son usine à Lacq (Pyrénées-Atlantiques), sur un site de TotalEnergies, près de Pau. Un projet stratégique, puisqu’il vise à édifier la «première usine de recyclage et de séparation de terres rares lourdes au monde hors de Chine», explique le PDG. Rien que ça.

Moteurs électriques et éoliennes

Il faut entrer dans la chimie pour comprendre. Dans la grande famille des terres rares – 17 éléments métalliques que l’on retrouve souvent ensemble dans le sol, à de nombreux endroits mais à des teneurs très faibles – quatre sont particulièrement recherchées aujourd’hui car utilisées ensemble pour produire les aimants permanents, qui donnent leurs performances aux moteurs de véhicules électriques et aux turbines d’éoliennes.

«Les deux premiers, le néodyme et le praséodyme, sont des terres rares dites légères. Elles sont majoritaires dans les aimants et composent 75% du volume des terres rares produites dans le monde», explique Frédéric Carencotte, habitué à vulgariser ce sujet complexe. Les deux autres, le dysprosium et le terbium, sont dites lourdes, plus difficiles à séparer et «produites à 100% en Chine aujourd’hui», souligne l’ingénieur. D’où le positionnement original de l’usine prévue à Lacq sur cette niche stratégique, identifiée comme une priorité.

«Nous prévoyons de recycler 2000 tonnes d’aimants permanents en fin de vie, ainsi que 5000 tonnes de concentré de terres rares lourdes produit par des mines par an. Cela nous permettra de produire environ 800 tonnes d’oxydes de néodyme et de praséodyme – soit moins de 1% de la consommation mondiale – et surtout 600 tonnes d’oxydes de dysprosium et de terbium purs, ce qui représente là 15% du marché mondial», détaille Frédéric Carencotte.

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Contrat de long-terme avec Stellantis

La construction de l’usine démarre début avril, afin de démarrer la production «dès le dernier trimestre 2026». Elle représente 92 emplois directs. Aux-côtés de Carester, deux investisseurs japonais rejoignent Caremag, la filiale qui opérera l’usine, au sein de laquelle la start-up française reste majoritaire. Il s’agit de Jogmec, l’organisation japonaise pour la sécurité des métaux et de l’énergie, ainsi que du conglomérat Iwatani, un acteur des gaz industriels et du négoce de matériaux. Réunis au sein d’une coentreprise, ils apportent 110 millions d’euros, via une prise de participation et de la dette. L’usine est aussi soutenue par l’Etat français, pour un montant de 106 millions d’euros répartis entre subventions et crédit d’impôt Industrie verte.

«Nous cherchions des partenaires qui ont une vision de long-terme, axée sur la sécurisation des terres rares», explique Frédéric Carencotte. Le Japon, qui a expérimenté un embargo de la Chine sur les terres rares en 2010, a fait de ce sujet une priorité : l’argent de Jogmec est déjà derrière Lynas, une entreprise qui produit des terres rares légères entre l’Australie et la Malaisie. Pour Caremag, c’est aussi un moyen de sécuriser une partie de ses débouchés, puisque l’investissement s’accompagne de la signature d’un accord d’achat de long-terme pour fournir le Japon en terres rares lourdes.

«Nous avons un deuxième contrat avec Stellantis, sur dix ans, ce qui donne une visibilité sur les volumes et sur le prix», explique Frédéric Carencotte. Un critère important, alors que la production chinoise de terres rares, massive, a pour effet de garder les cours de marché au plus bas, et de décourager l’émergence d’alternatives.

Pas d’inquiétude pour l’approvisionnement minier

Dans l'usine, les aimants à recyclé seront broyés, chauffés à haute-température, puis dissous dans de l'acide nitrique avec le concentré de terres rares lourdes (qui arrive sous forme de carbonate). Une fois mises en solutions, les terres rares mélangées seront séparées les unes des autres par extraction liquide-liquide, avant d’être précipitées, filtrées et calcinées pour ressortir sous forme d’oxydes de terres rares purs. «Le solvant et l’eau seront intégralement recyclés : nous construisons la première usine de raffinage de terres rares au monde qui ne génère pas d’effluents liquides», se félicite Frédéric Carencotte, qui prévoit aussi de réutiliser 80% du CO2 produit par les fours de l’usine au sein de son procédé.

«La séparation de terres lourdes, c’est l’étape qui manquait», insiste le fondateur, rassurant sur l’existence d’industriels hors de Chine pour mener à bien les étapes aval (la métallisation des terres rares, puis leur transformation en aimants) et amont (soit l’extraction minière, puis la transformation chimique du minerai en concentré). Ce maillon – mis sous le feu des projecteurs par les velléités affichées par le nouveau président américain, Donald Trump, de faire main basse sur les terres rares du Groenland et de l’Ukraine – a été regardé de près.

«Nous travaillons avec 11 projets miniers prévus d’ici à 2030, et nous avons déjà des contrats pour certains», précise Frédéric Carencotte. Les 35 personnes qui travaillent au sein de Carester proposent déjà divers services d’analyse et de mise au point technologique à des entreprises souhaitant extraire des terres rares de part le monde, et en profitent pour proposer des accords d’achat de concentré, précise-t-il. Certains sont-ils en Ukraine ? «Il y a des occurrences de terres rares dans le pays, mais à ma connaissance, il n’y a pas de projets», répond l’industriel. Avant de préciser qu'en Europe, aucune mine de terre rare en exploitation ne verra le jour avant la fin de la décennie. 

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
78 - Rambouillet
Date de réponse 30/04/2026
Trouvez des produits et des fournisseurs