Chronique

[Matière à penser] Même pour Elon Musk, les terres rares ne sont pas simples à déloger

En annonçant vouloir se passer de terres rares dans sa prochaine génération de moteurs permanents, Tesla a donné des sueurs froides aux industriels du secteur. Mais ces petits éléments métalliques, polluants à produire et dont les prix augmentent depuis plusieurs années, sont peu substituables et résistent aux assauts.

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Poudre d'aimants à base de terres rares recyclés par MagREEsource
Les terres rares sont à la bases des aimants permanents qui font tourner les rotors de moteurs électriques. Mais pas que...

Tesla prévoit-il un retour aux sources? Le 1er mars, lors d’une longue conférence donnée pour les investisseurs et les internautes curieux, le champion américain des véhicules électriques a dévoilé sa volonté de ne plus utiliser de terres rares au sein de ses prochains moteurs. Un changement de stratégie radicale, surtout si l’on se souvient que la compagnie, fondée en 2003 par Martin Eberhard and Marc Tarpenning et un temps baptisée Tesla Motors, tirait justement son nom de ses moteurs dits à induction. Une technologie 100% sans terres rares inventée par l’ingénieur Nikola Tesla, et dont l’entreprise s’est finalement détournée avec la Model 3, privilégiant les performances supérieures octroyées par ces petits éléments métalliques que tout le monde recherche, et qui répondent aux doux noms de néodyme, praséodyme, dysprosium ou terbium.

Tesla n'est pas le premier à essayer...

Leur règne est désormais remis en cause. «Alors que le monde transitionne vers une énergie propre, la demande en terres rares augmente spectaculairement. Il ne sera pas seulement un peu dur de répondre à cette demande, miner ces terres rares a des conséquences pour l’environnement et la santé», a justifié le directeur de l’ingénierie liée à la propulsion de Tesla, Colin Campbell. D’où une vague de paris pour savoir ce qui pourrait bien venir remplacer les toutes puissantes terres rares dans les aimants permanents. Tesla a annoncé qu’il utiliserait encore des aimants permanents, et donc ne compte pas sur un retour aux moteurs à induction, ni sur les moteurs à rotors bobinés utilisés par Renault ou BMW, qui ne comptent pas de terres rares.

Résultat immédiat : après l’annonce, les cours des plus grands producteurs de terres rares ont baissé, rapporte Bloomberg. Le prix de l’action de MP Materials – une entreprise qui opère la mine de Mountain Pass aux Etats-Unis avec l’ambition de proposer une alternative aux terres rares issues de Chine, où se concentre 60% de l’extraction et 90% du raffinage – a chuté de 15% en quinze jours. Une réaction jugée «exagérée» par plusieurs analystes, alors que peu de détails sont disponibles sur les technologies privilégiées par le patron de Tesla, Elon Musk, pour ses prochains aimants.

Le cabinet Adamas Intelligence, qui parie sur l’utilisation d’aimants durs en ferrite, tels que les développe par exemple le japonais Proterial (ex-Hitachi Motors), rappelle que ces derniers restent moins performants que les aimants dopés aux terres rares. Et que face à la puissance magnétique, la légèreté, et la résistance aux forces extérieures de ces derniers, il n’existe aujourd’hui «aucune alternative parfaite». Les alliages exotiques développés par des start-up ou des laboratoires, comme le nitrure de fer ou la tétrataénite – un alliage de nickel et de fer formé naturellement au sein des météorites, qui a récemment fait des progrès fulgurants – doivent encore prouver leurs capacités et sont difficiles à produire à l’échelle industrielle. Au point que la Bank of America a aussi publié une note rassurante soulignant que «toute transition vers une nouvelle technologie devrait prendre un temps significatif», et que Toyota essaie depuis des années de se passer de néodyme sans succès. 

Le marché ne se cantonne pas au véhicule électrique

Un simple regard sur les ordres de grandeur suffit à se convaincre de la résilience de ces métaux, parfois qualifiés de vitamines des technologies modernes. L’augmentation des prix des terres rares, qui ont passé un pic début 2022, mais restent deux à trois fois plus chers aujourd'hui qu’il y a cinq ans, est surtout dopée par l’automobile. En 2022, ce secteur ne concernait toutefois que 12% de la consommation d’aimants permanents au néodyme-fer-bore, chiffre Adamas Intelligence. Autrement dit : Tesla ne représente que 2 à 3% du marché des aimants permanents aux terres rares, qui approvisionne aussi l’électronique, la défense ou l’éolien offshore, et est estimé à 3,8 milliards de dollars en 2022. En raison d’une production insuffisante dès 2030, ce dernier pourrait tripler en volume et jusqu’à décupler en valeur d’ici 2035, estime Adamas Intelligence. De quoi motiver Tesla, et les autres constructeurs, à chercher des alternatives. Mais sans garantie. 

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