« C’est positif, même si ce n’est qu’une étape ». Voilà comment Patrice Torres, directeur du laboratoire de l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) de Meuse Haute-Marne, a accueilli l’avis favorable rendu lundi 20 décembre par la commission d'enquête publique sur le projet Cigéo (Centre industriel de stockage géologique).
Les cinq commissaires enquêteurs indépendants mandatés par l'Andra ont estimé que l’utilité publique du projet d’enfouissement en profondeur des déchets radioactifs à Bure (Meuse) est « avérée », mettant en avant un projet « mature »aux fondamentaux (lieu de stockage, technologie, géologie du site) « robustes ». Ils ont motivé leur décision par la quantité importante de déchets nucléaires « déjà produite et [qui] ne peut rester en l’état d’entreposage en surface ». Et ce,« bien qu’il reste encore des études à approfondir et des process à conforter ».
83 000 m3 de déchets nucléaires
L'enquête publique s'est déroulée du 15 septembre au 23 octobre. Les commissaires enquêteurs ont indiqué avoir reçu 4 158 avis. « Majoritairement, le projet est bien accepté par le public qui y voit la solution de production d’énergie qui permet de limiter le changement climatique », peut-on lire dans le document de 43 pages. La commission d’enquête a par ailleurs formulé plusieurs recommandations, parmi lesquelles le besoin de « veiller à une insertion paysagère harmonieuse avec le paysage rural ». Elle invite également les autorités à communiquer davantage sur ce projet. « Il restera à le faire franchement accepter et l’Andra [...] devra poursuivre sa mission pour être écoutée et entendue ». Par ailleurs, cette décision de la commission d’enquête n’est en rien une « autorisation de construire Cigéo », rappelle Patrice Torres.
Voilà déjà vingt ans que les équipes de l’Andra travaillent à la conception de ce projet de stockage en profondeur, qui prévoit l’enfouissement de 83 000 m³ de déchets nucléaires de moyenne et haute activité sous 500 mètres d’argile. L’exploitation du site Cigéo, prévue pour 100 ans, pourrait débuter en 2035. Coût estimé : 25 milliards d’euros. Mais les inquiétudes sont nombreuses autour de ce projet. Et le débat est loin d’être clos. Lundi, les opposants n’ont pas tardé à dénoncer un « processus scandaleusement influencé par l'Andra et l'État ». En janvier, l’Autorité environnementale rendait un avis critique sur ce projet, pointant notamment du doigt la réversibilité du processus.



