Baisse tous azimuts. Les chambres d’agriculture ont lancé l’alerte sur la baisse des cheptels français à l’occasion d’une conférence de presse tenue ce 16 novembre. «Depuis 2017, le cheptel bovin diminue sensiblement, le phénomène s’est accéléré à partir de 2020. Nos projections d’ici la fin de la décennie montrent une diminution ininterrompue. La conséquence est une baisse des volumes, que ce soit en collecte laitière et en abattage de viande. Les producteurs et les transformateurs de viande sont maintenant exposés à une menace de rationnement», a exposé Thierry Pouch, le chef économiste des chambres d’agriculture.
Baisse de l’ensemble des cheptels, dans toute l’Europe
Un constat qui vaut pour l’ensemble des productions animales françaises. Le cheptel porcin par exemple a reculé de 21% en… 20 ans, la production d'ovins a été divisée par deux en quarante ans. Si en parallèle la consommation de viande par capita a diminué, passant de 104kg par an en 1980 à environ 90 kilos aujourd’hui, cette baisse est largement compensée par la croissance de la population observée sur la période. Au risque que les importations fassent office de variable. Le cas de la filière volailles, touchée par la grippe aviaire ces dernières années ce qui a affecté les productions locales, est symptomatique, avec 45,2% de la viande consommée sur les six premiers mois de l’année 2023 qui a été importée, d’après l’interprofession Anvol. La restauration hors domicile et les industries de transformation sont responsables de cette inflation, l’immense majorité des volailles vendues en supermarché étant produites en France comme l'ont rappelé les chambres d’agriculture.
Cette chute des cheptels n’est pas seulement un mal français. Dans l’Union européenne, le nombre de vaches, que ce soit le troupeau allaitant (élevé pour sa viande) ou laitier, a reculé de 6% sur les cinq dernières années et de 9% en 15 ans, soulignent les chambres d’agricultures, en s’appuyant sur les données de l’Institut de l’élevage, l’Idele. Conséquence de la baisse des volumes, l’envolée des prix, qui complique la tâche des industriels. En France, les industriels de la charcuterie salaison font part de leurs difficultés alors que le prix du porc est au plus haut, à l’image de Cochonou, filiale du groupe Aoste. Le groupe Bigard, principal abatteur en France, a récemment annoncé la fermeture d’un abattoir employant 210 personnes.
Demande mondiale de viandes en hausse de plus de 10% d’ici 2032
L’Europe va à rebours de ce qui se passe au niveau mondial. «Les projections de l’OCDE et de la FAO indiquent une consommation de viande à la hausse au niveau mondial d’ici 2032», a souligné Marine Raffray, économiste aux chambres d’agricultures. La demande mondiale pour le porc, volaille, bovin… devrait toutes croitre entre 10 et 15% d’ici là. «Le cheptel européen recule dans un contexte de mondialisation des échanges de viande assez significatif, a complété Thierry Pouch. Aujourd’hui, il y a une prédominance absolue des pays du Mercosur.» Un nouvel acteur joue les trublions. «L’Inde dispute ces dernières années la place de premier exportateur mondial de viande bovine au Brésil, a poursuivi l’économiste. Ils exportent des zébus ou des buffles par exemple, en Asie et en Russie. Il y a des débats sur les conditions sanitaires de production mais leurs viandes sont très compétitives.» Une situation qui interroge les chambres d’agriculture sur la place des productions européennes dans ce contexte et le risque de voir toujours plus d’importations débarquer sur le Vieux-Continent.



