Enquête

La Bourgogne-Franche-Comté avance vers l’industrialisation des biomédicaments

Une dizaine d’industriels et d'établissements publics de Bourgogne-Franche-Comté cherche, dans le cadre du projet MiMédi, à réduire les coûts de fabrication des biomédicaments en industrialisant leur production.

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RD Biotech_Besancon
La societe de biotechnologie RD Biotech investit dans une usine pour produire de l'ADN plasmidique destiné aux essais cliniques.

Entre 300 000 et 500 000 euros la dose de biomédicament. Un coût exorbitant ! En Bourgogne-Franche-Comté, dix acteurs publics et privés de la santé, unis dans le projet Microtechniques pour les médicaments innovants (MiMédi), cherchent à mettre au point de nouveaux moyens de production pour faire baisser ce coût. Ce faisant, ils construisent une nouvelle filière que souhaite soutenir Emmanuel Macron.

Dans le plan d’investissement France 2030, le chef de l’Etat souhaite atteindre une production de 20 nouveaux biomédicaments en France d’ici à dix ans pour lutter contre les cancers, les maladies émergentes et les maladies chroniques. Sur les 7,5 milliards d’euros promis pour la santé, une enveloppe de 3,5 milliards est prévue pour soutenir l'industrialisation, dont celle de biomédicaments. 

L’Etablissement français du sang (EFS), avec sa plateforme dédiée à l’innovation en biothérapie labellisée par l’Etat, est fortement impliqué dans la démarche des acteurs francs-comtois. Dans le cadre de ses collectes de sang, l’EFS recueille un élément qui n’est pas utilisé pour les malades, les globules blancs. Pourtant, ces cellules du système immunitaire se placent au cœur de la recherche sur les biomédicaments et positionnent l’EFS comme un partenaire privilégié dans la chaîne de production. « L’intégrateur industriel de l’EFS a profité de l’apport des industriels pour faire avancer son propre projet et créer un écosystème favorable », précise Christophe Bésiers, directeur de l’EFS Bourgogne-Franche-Comté.

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Cultiver en masse les cellules humaines

Med’Inn’Pharma, née à Besançon (Doubs) en 2017, découle de ce travail de l’EFS. La start-up emploie sept salariés pour développer un candidat médicament capable d’arrêter la réponse inflammatoire. « Nous sommes prêts pour les phases d’évaluation clinique, afin de le tester chez l’homme. Nous visons la sclérodermie pour laquelle il n’y a pas de médicament » détaille Sylvain Perruche, dirigeant de Med’Inn’Pharma.

Ce chercheur de l’Inserm se heurte à une difficulté, pour projeter sa solution dans l’avenir : « Peu d’entreprises sont aujourd’hui capables de mettre en flacon les volumes suffisants de produits biologiques humains. Les chaînes de production actuelles ne sont pas adaptées. Il faut arriver à cultiver en masse les cellules humaines pour produire plus et soigner plus. » Il souligne là encore les coûts particulièrement élevés de la production des biomédicaments, qui nécessitent des équipements et des technologies spécifiques de haute précision, et beaucoup de moyens humains et de savoir-faire.

Les industriels s’impliquent

Intégré au projet MiMédi, à Besançon, RD Biotech (6,5 millions d’euros de chiffre d’affaires, 40 salariés) offre des services de développement dans les domaines de la biologie moléculaire et de l'ingénierie cellulaire, permettant d'intervenir dans les champs de la modification génétique cellulaire pour la conception de biomédicaments ciblés et de plus en plus personnalisés. Sachant que la personnalisation des traitements est un chaînon essentiel pour traiter des maladies graves, comme les cancers qui diffèrent selon les patients, ou des maladies rares. Conscient des coûts de production, Philippe Dulieu, dirigeant de la société, estime que « l’efficacité du biomédicament est meilleure », et donc qu'il « contribue à faire des économies sur le long terme ».

Son entreprise engage un investissement de 10 millions d’euros pour construire une usine de molécules ADN, des plasmides, d’ici à 2024, afin de réduire les coûts en augmentant l’échelle de production. Une stratégie retenue par un autre acteur de MiMédi, Ilsa Manufacturing (30 salariés et 5 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2020). Cette société du Doubs conçoit et fabrique des instruments de laboratoire et consommables plastiques pour les sociétés du diagnostic in vitro. Pour se rapprocher de la filière des biomédicaments, l’industriel a créé la société Cellquest en 2020, y affectant deux ingénieurs, pour développer un équipement qui permettra de basculer vers une production industrialisée.

« Pour réduire les coûts, nous travaillons sur un système d’automatisation et de simplification des étapes pour produire en série » explique Alain Pacoret, président de Cellquest à Marchaux (Doubs). Le spin-off imagine de petites usines en salle propre, constituées de différentes briques technologiques complémentaires capables de produire 150 unités de biomédicaments en 15 jours, contre 300 à 500 par an actuellement. « Le coût de production tomberait à 30 000 ou 40 000 euros pour un médicament », ajoute le dirigeant.

Retombées pour la santé animale

Vétoquinol suit de près ces progrès dans la production de biomédicaments. Le groupe est un acteur international de la santé animale installé à Lure (Haute-Saône), compte 2 700 salariés dans le monde et affiche un chiffre d’affaires de 427 millions d’euros en 2020. « La santé animale n’a pas les mêmes moyens de recherche que la santé humaine. Nous restons dépendants de ses avancées pour nous en inspirer », considère Michaël Donabedian, directeur de la recherche du groupe. Les promesses de personnalisation des traitements, avec des biomédicaments adaptés à des profils de patients, intéressent évidemment les acteurs de la santé animale pour leurs traitements par espèce animale ou même par sous-groupe dans chaque espèce.

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