La biotech lyonnaise Allogenica vise des thérapies cellulaires universelles

Les thérapies cellulaires CAR-T ont révolutionné le traitement des cancers du sang, produites avec les cellules des patients, mais à des coûts très élevés. La biotech lyonnaise Allogenica s’attaque au défi de faire des CAR-T plus génériques, dix fois moins chers, et tout aussi efficaces. France 2030 vient de lui allouer 2,5 millions d’euros pour avancer son portefeuille de projets.

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Au Bioparc de Lyon (Rhône), la biotech Allogenica développe des thérapies cellulaires à partir de donneurs sains pour réduire drastiquement les coûts de production.

Dans le domaine des thérapies cellulaires, la personnalisation des traitements est une condition sine qua non. Schématiquement, chaque médicament est unique, produit à partir de cellules du patient pour les réarmer face à sa pathologie et lui réinjecter pour traiter la maladie. Cette révolution thérapeutique affiche une croissance fulgurante ces dernières années, en particulier avec les traitements CAR-T pour les cancers liquides qui affichent des progressions de 30 à 40% par an pour des taux de guérison, quand la production est réussie, de l’ordre de 90%. Mais cette révolution se confronte à une logistique très complexe et des coûts extrêmement élevés. Un traitement CAR-T avoisine actuellement les 300000 euros la dose, injectable en une seule prise. Fondée en 2022, la biotech lyonnaise Allogenica travaille sur une autre révolution : concevoir des thérapies cellulaires universelles au même mode d’action, mais à des coûts dix fois moindres.

Dans le cadre du volet Biothérapies et bioproduction, France 2030 vient d’allouer 2,5 millions d’euros à Allogenica pour soutenir les projets en cours. Le programme le plus avancé concerne un traitement pour certains cancers du sang. «Notre candidat-médicament le plus avancé, le XL-001, cible l’antigène CD19 exprimé sur l’ensemble des cellules leucémiques et des lymphomes affectant les lymphocytes B, ce qui représente environ 95% des cancers du sang», indique Inna Menkova, PDG de la société basée au BIoparc de Lyon (Rhône) et qui recense six salariés à plein temps aujourd’hui. Prévu pour entrer en essais cliniques à partir de fin 2026 avec l’ambition d’obtenir une autorisation temporaire d’utilisation dès 2027, le XL-001 précède le développement du XL-002 dans le traitement de certaines leucémies et du XL-003 pour cibler des tumeurs solides.

Les patients produiront dans l'organisme leur propre médicament

La technologie d’Allogenica consiste à produire ses médicaments non pas à partir de cellules de patients, mais de donneurs sains tout en évitant les risques de rejet du traitement par les organismes. Inna Menkova explique qu’il s’agit de travailler à partir de cellules souches d’un donneur sain «avant de les différencier en cellules T immatures. Nous ne les laissons pas se développer jusqu’au stade de lymphocyte T. L’intérêt c’est qu’elles n’expriment pas encore les gênes responsables de rejet. Ainsi, quand on injecte, comme nous l’avons démontré sur modèle animal, ces cellules T immatures finissent leur maturation et sont ensuite reconnus comme «du soi» par chaque système immunitaire. Le patient va ainsi produire ces propres cellules CAR-T ciblant sa maladie».

Avant d’évoluer en cellules T immatures puis d’être injectées, les cellules souches sont transformées avec l’ajout d’un gène thérapeutique pour leur permettre de reconnaître, puis de détruire les cellules cancéreuses dans l’organisme. Avec ce concept, «à partir d’un donneur sain, nous pourrions fabriquer des doses pour une centaine de patients, des traitements immédiatement disponibles, sur étagère», assure encore Inna Menkova. Ce qui permet une logistique particulièrement assouplie pour traiter des patients directement et permet de réduire ainsi considérablement les coûts de production.

Un projet d'usine de bioproduction à l'horizon 2028

Cette technologie d’Allogenica a obtenu sa preuve de concept en développement préclinique, donc en laboratoire et sur des modèles animaux. Reste à prouver l’efficacité et la tolérance, lors de développement clinique, sur l’homme. La biotech n’est pas la seule dans le monde sur ce créneau de donneurs sains pour produire ce type de thérapies cellulaires universelles. Mais Inna Menkova estime que les «concurrents sur ce segment des CAR-T universelles n’utilisent pas la même plateforme technologique et ont besoin de multiples modifications sur les cellules, jusqu’à 5 ou 6, alors qu’Allogenica se limite à l’insertion du transgène thérapeutique. Comme nous utilisons des cellules immatures, nous n’avons pas besoin d’enlever les gènes responsables de rejet.»

D’ici à 2026, la société développe un plan de route ambitieux, avec l’intention de quadrupler ses ressources en R&D et ses effectifs. À moyen terme, Allogenica songe aussi à une éventuelle usine de bioproduction pour les CAR-T universelles en France à partir de 2028. Elle ambitionne à cette date le démarrage des essais cliniques pour cette technologie dans le domaine des tumeurs solides. En cas de succès, une telle usine en France pourrait accroître sensiblement la compétitivité de la bioproduction hexagonale, qui reste encore trop faible, dans le segment des CAR-T. De quoi séduire le programme France 2030.

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