Nouvelle saison pour l'un des feuilletons industriels les plus marquants de la dernière campagne présidentielle. Neuf mois après que les 220 salariés de l’usine Ferropem de Château-Feuillet, installée à La Léchère (Savoie), ont été licenciés dans le cadre d'un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE), le site s'apprête à être racheté. Ferroglobe, la maison-mère de la filiale française Ferropem, a en effet indiqué mardi 10 janvier avoir conclu un accord avec l'aciériste Swiss Steel Group (lui-même propriétaire d'Ugitech, le premier employeur privé du département), afin de lui céder l'usine.
Cette dernière était jusqu'alors spécialisée dans la production de silicium, un élément indispensable à la fabrication de certains aluminiums, de panneaux photovoltaïques ou de microprocesseurs par exemple. Particulièrement stratégique, l'activité du site était suivie de près, si bien que lorsque Ferroglobe avait annoncé sa fermeture, dans le but d'améliorer sa compétitivité en Europe, de nombreux candidats à l'élection présidentielle s'étaient rendus sur place pour exprimer leur soutien aux ouvriers, voire pour demander une nationalisation temporaire. L'ancienne ministre déléguée chargée de l'industrie, Agnès Pannier-Runacher, avait de son côté écrit une lettre au directeur général du groupe américano-espagnol pour tenter de l'amener à revoir sa position, en vain.
Un projet subventionné par France Relance
Swiss Steel Group n'a pas acheté l'usine de Château-Feuillet pour pérenniser la production de silicium, mais pour y implanter son projet Ugi'Ring. Celui-ci prévoit de transformer le site, qui s'étend sur 10,5 hectares et comprend 38 000 mètres carrés de bâtiments, quatre fours industriels et une desserte ferroviaire directe, en la «première aciérie circulaire au monde». Dans un communiqué, l'entreprise précise vouloir «mettre en œuvre des procédés industriels innovants et brevetés pour le recyclage de ferro-alliages à partir de déchets industriels». Elle pourrait ainsi entre autres récupérer du manganèse, du nickel ou du chrome, des métaux essentiels à la fabrication de batteries, aujourd'hui massivement importés.
Le concept Ugi'Ring a d'ailleurs permis à Swiss Steel Group de récolter 9,4 millions de subventions publiques en 2021, dans le cadre du plan France Relance. «Ce projet [...] renforcera la souveraineté industrielle française, en réduisant notre dépendance à certains métaux critiques, et contribuera significativement à la décarbonation de notre industrie», s'enthousiasme le ministère chargé de l'Industrie dans son propre communiqué. Encore au stade des "études de faisabilité et d'implantation", le nouveau propriétaire envisage une ouverture à l'horizon 2025 et, dans un premier temps, une cinquantaine de créations de postes. Une bonne nouvelle qui n'effacera cependant pas complètement les blessures de la fermeture. Selon la CGT, environ la moitié des 220 salariés licenciés en avril seraient toujours en recherche d'emploi.



