C'est le défilé des candidats à l'élection présidentielle chez Ferropem. Arnaud Montebourg s'y est rendu le 1er décembre, après Anne Hidalgo le 25 novembre et Yannick Jadot le 30 septembre. L'usine Ferropem de Château-Feuillet, située à La Léchère (Savoie) semble être le passage obligé des candidats, pour apporter leur soutien aux 221 salariés dont l'emploi est menacé - et dénoncer l'échec du gouvernement actuel à sauver ce site stratégique. Ferropem est-il en train de devenir le symbole des difficultés à soutenir l'industrie française, comme a pu l'être Whirlpool à Amiens (Somme) en 2017 ? «S'il faut qu'on devienne ce symbole, on le deviendra, affirme Roger Roelandts, délégué Force Ouvrière à Château-Feuillet. Nous continuons à inviter les candidats. C'est très bien qu'ils viennent.» «Dans notre malheur, la campagne présidentielle arrive à point nommé, ajoute Walter Wlodarczyk, délégué CGT, syndicat majoritaire sur le site. C'est un moyen d'être visible et de mettre la pression dans le temps qu'il nous reste.»
La fermeture de l'usine a été confirmée le 15 novembre par la maison mère Ferroglobe lors d'un comité social et économique central à Chambéry (Savoie), où siège sa filiale française Ferropem. Le groupe hispano-américain, spécialiste du silicium, avait annoncé le 29 mars la fermeture potentielle du site de Château-Feuillet et de l'usine des Clavaux, à Livet-et-Gavet (Isère), pour des raisons de "compétitivité". Ce dernier a pu être sauvé «grâce au soutien de l’État français et à un nouveau contrat commercial conclu avec un client historique», annonçait l'entreprise dans un communiqué le 15 novembre.
Enjeux stratégiques et politiques
S'il est principalement destiné à des fabricants de silicone, le silicium que peuvent fabriquer certains fours de Château-Feuillet pourrait alimenter la filière photovoltaïque (PV). «Il y a des enjeux stratégiques et politiques en lien avec la transition énergétique, souligne Walter Wlodarczyk. Aucun site de Ferropem ne produit du silicium pour le PV aujourd'hui. Mais si une filière se développait en France, nous pourrions être un maillon de la chaîne et fabriquer, à partir du minerai, du silicium destiné à être purifié.»
L'usine est également la dernière en Europe à produire du silico-calcium (CaSi), un additif destiné à l'automobile et aux fonderies. La décision de fermer le site de Château-Feuillet s'est accompagnée de celle de déménager la ligne de production de CaSi dans l'usine des Clavaux. «C'est techniquement très difficile et très cher, martèle Roger Roelandts. Ça n'a aucun sens, ni économique, ni industriel.» «Il faudra reconstituer une unité de broyage conforme qui n'existe pas aux Clavaux, ajoute Walter Wlodarczyk. Cela signifie des coûts importants alors qu'on peut faire du CaSi sur des appareils conformes et amortis à Château-Feuillet.»
Demande de "nationalisation temporaire"
Jusqu'alors, tous les candidats à l'élection présidentielle passés à La Léchère appellent à une "nationalisation temporaire" de l'usine, en attendant de trouver un repreneur. «A partir du moment où ça permettra de sauver nos emplois, c'est une bonne idée», soutient Roger Roelandts en précisant que des repreneurs potentiels sont venus visiter l'usine. «Ferroglobe bloque, ajoute-t-il. La loi Florange l'oblige à chercher un repreneur. Mais il n'est pas obligé de vendre s'il ne veut pas de concurrent. Il peut mettre le site en sommeil, licencier, et garder la possibilité de redémarrer plus tard.»
Pour l'heure, les négociations du plan de sauvegarde de l'emploi se poursuivent. Un accord est attendu avant fin février 2022. En attendant, les salariés se rendent sur site tous les jours, malgré l'usine à l'arrêt et les fours éteints depuis le 29 mars. «Nous continuons à nous battre pour éviter les licenciements, affirme M. Roelandts. Nous sommes prêts à redémarrer dès que possible.»



