Nouveau séisme dans les métallurgies françaises. Lundi 29 mars, le groupe américano-espagnol Ferroglobe a annoncé l’arrêt de deux usines en France, situées à La Léchère (Savoie) et Livet-et-Gavet (Isère). La décision menace 352 postes, soit l’intégralité des emplois sur ces deux sites spécialisés dans la fabrique de silicium et de ferroalliages. À l’Assemblée nationale, le député de la Savoie Vincent Rolland (LR) a aussitôt condamné «les intentions mortifères de ce groupe à la dette abyssale mais qui a su pendant des années profiter de la générosité de l’État français». Une indignation partagée par le syndicat CGT de Savoie « au moment où la présidence de la République et le gouvernement appellent à la réindustrialisation et aux relocalisations de productions essentielles dans le pays ».
Recherche de compétitivité
Dans un communiqué, Ferroglobe explique vouloir diminuer ses coûts fixes pour améliorer sa compétitivité en Europe. « Bien que nous réduisions notre capacité de production globale, cet effort assure une plus grande utilisation de nos actifs restants, ce qui contribue à l'amélioration des coûts de production. L'empreinte des actifs futurs garantit une capacité suffisante pour répondre aux niveaux de demande prévus et aux besoins spécifiques de nos clients », estime l’entreprise.
Côté syndicats, on critique les décisions stratégiques passées du groupe. Dès octobre 2019, avant la crise sanitaire, l’entreprise a eu recours au chômage partiel à La Léchère. « Les problèmes de trésorerie ont démarré fin 2018 ou début 2019, retrace Mustapha Haddou secrétaire du comité central d’entreprise et délégué CGT de l’usine de La Léchère. L’ancien numéro un du groupe Ferroglobe a racheté des actifs au moment où ceux-ci étaient au plus haut de leur valeur. L’intégralité de la trésorerie disponible est passée dans l’achat de ces structures sans se garder un matelas de sécurité. »
Des activités stratégiques pour plusieurs secteurs
Sur les 352 emplois menacés, La Léchère compte 223 menacés tandis que Livet-et-Gavet en dénombre 129. De l’énergie à l’aéronautique, le silicium fabriqué dans les usines sert à de nombreuses applications. «Le silicium est essentiel à la production d’aluminium pour de multiples marchés dont l’aéronautique. Le silicium va rentrer dans la fabrication de panneaux photovoltaïques et de pièces pour l’électronique et les microprocesseurs. Enfin, le silicium est un matériau prometteur afin d’accroître l’autonomie des batteries», liste la CGT.
« Les activités de silicium en France sont stratégiques aux yeux du gouvernement à plusieurs titres », a réagi à l’Assemblée nationale, Cédric O, secrétaire d’État chargé de la Transition numérique. « Il s’agit bien évidemment de métaux clefs pour la transition énergétique, l’électronique ou plus généralement pour la résilience de nos approvisionnements », a ajouté le secrétaire d’État.
« Il y a des repreneurs intéressés », selon la CGT
FerroPem, l’antenne française de Ferroglobe, pilote plusieurs autres sites en France avec des fours à Anglefort (Ain), Laudun (Gard), Montricher (Savoie) et Pierrefitte (Hautes Pyrénées). Ces autres sites qui représentent quelque 650 emplois ne sont pas concernés pour l’instant mais ils «n’ont aucun avenir à long terme , prévient Mustapha Haddou. Dans le plan d’orientation stratégique qu’on nous présente, il n’y a rien. Il n’y a même pas de politique de reconquête des marchés ou de politique interventionniste pour pouvoir faire remonter les prix. Ils attendent que le marché reparte. Une entreprise comme la nôtre sans trésorerie ne peut pas se permettre d’attendre.» Interrogé par L'Usine Nouvelle sur l'avenir de ses autres sites français, Ferroglobe apporte la réponse suivante : « Les quatre autres sites renforceraient leur niveau d’activité. »
Une procédure d’information-consultation de plusieurs mois attend désormais les syndicats. «La première des luttes est de ne pas laisser le matériel sortir de notre usine. S'il y a un repreneur potentiel, il faut qu'il puisse démarrer les fours», pointe Mustapha Haddou. «Il y a des repreneurs intéressés par notre établissement. Cela préserverait une partie de l’emploi. Nous demandons à ce que la loi Florange soit appliquée dans de bonnes conditions», insiste le délégué CGT qui redoute une application de ces obligations «en surface». Le gouvernement s’est dit mobilisé pour la quête d’un repreneur.



