La vue depuis un corridor entièrement vitré du cinquième niveau offre la vision d’un double ballet. En contrebas, au quatrième étage, celui des opérateurs qui s’affairent sur les multiples lignes de remplissage et de conditionnement. Au plafond, celui des lots prêts, évacués par le haut par des ascenseurs et défilant sur des convoyeurs. Tout est lumineux, fluide, clinique, rien ne dépasse. Et tout le monde s’active au sein de ces murs de l’usine d’Osaka Ibaraki de Shiseido, pour que, justement, rien ne dépasse. La priorité : ne souffrir aucun défaut de qualité. Car ici, le leader japonais des cosmétiques produit ses gammes Clé de Peau et Shiseido, soit les plus prestigieuses de son portefeuille de soins de la peau, pour les marchés japonais et d’export.
Come SITTLER Malgré le très haut niveau d'automatisation des lignes de remplissage (en arrière-plan) et de conditionnement dans l'usine d'Osaka Ibaraki de Shiseido, les effectifs sont denses afin d'éviter tout défaut de qualité. (Photo: Côme Sittler)
Le groupe a investi 63,5 milliards de yens (plus de 390 millions d’euros) dans ce site ultra-moderne, qui intègre également un vaste centre de distribution. Cet ensemble de deux bâtiments contigus s’étend sur un terrain de plus de 72000 m², à une demi-heure de route d’Osaka, la deuxième plus grande ville du Japon. C’est l’une des trois usines construites et ouvertes par Shiseido au Japon entre 2019 et 2022, avec celles à Kurume et à Nasu, focalisées sur les gammes premium. Un effort industriel conséquent pour mieux répondre à la croissance de la demande alors que le groupe commençait à manquer de capacités.
Des relations étroites avec les communautés locales
Jamais ouverte à la presse depuis la mise en service fin 2020, l’usine reçoit en revanche beaucoup. Des visites sont organisées très régulièrement pour tisser du lien avec les collectivités et les populations voisines. Ryohei Nakajima, le directeur du site, raconte qu’il a fallu «raboter une montagne pour l’implantation» et que les activités sont «prévues pour 50 ou 100 ans ici, donc nous avons besoin d’entretenir de bonnes relations et une bonne communication avec les autorités et la communauté locale». Ainsi, l’entrée du site est particulièrement accueillante, avec son allure d’immense cocon immaculé, peuplé de courbes harmonieuses. Un parcours est fléché, avec une exposition des gammes du groupe Shiseido, des miroirs dynamiques permettant de voir les effets des produits sur la peau, ou encore un atelier pour produire un flacon de parfum d’intérieur à l’aide d’un automate.
Come SITTLER Les visiteurs d'Osaka-Ibaraki sont accueillis dans un vaste environnement très différent de l'usine. (Photo: Côme Sittler)
En visitant les ateliers de production, on note un certain paradoxe entre l’impressionnant niveau d’automatisation des lignes, où tout est aménagé pour éviter les ports de charge, et le nombre conséquent de salariés autour de chacune, avec des hauts de combinaisons de couleurs différentes, en fonction des rôles : chefs de ligne, sous-chefs de ligne, spécialistes des machines… La densité des effectifs reflète la volonté de cibler une qualité extrême pour chaque flacon, chaque tube. Aucun défaut n’est toléré pour ces produits de luxe et de prestige qui doivent se vendre dans le monde entier sans jamais décevoir les consommateurs.
Come SITTLER A coté des magasins et leur capacité de stockage de 33000 palettes, les produits arrivent automatiquement aux postes d'enregistrement et de préparation des commandes. (Photo: Côme Sittler)
Première intégration d'une usine et d'un centre de distribution de Shiseido
Le ballet des lots finis défilant au plafond détient, lui aussi, une explication logique. C’est par le haut que les convoyeurs assurent le transit des productions de l’usine vers le centre logistique, directement attenant. Sur une surface quasi équivalente à celle du premier bâtiment abritant l’usine, les lieux d’accueil du public et les parties administratives, s’étend le West Japan Distribution Center. Sa mission est de fournir la partie ouest du pays et d’expédier les flux à l’export vers les autres centres logistiques du groupe.
C’est la première fois que Shiseido intègre production et distribution sur un seul et même site. L’objectif est d’améliorer l’efficacité entre le transfert des productions à la distribution tout en réduisant les coûts et l’impact environnemental. Ici, les effectifs sont plus réduits qu’en production, mais l’automatisation demeure impressionnante. De petits robots et des convoyeurs assurent la récupération des produits dans les magasins – capables d’accueillir 33000 palettes en simultané – jusqu’aux postes opérationnels, pour l’enregistrement, la vérification, et la mise en carton des commandes. Les cartons d’expédition sont de leur côté formés et scellés par des machines automatiquement.
Come SITTLER Au deuxième niveau de l'usine, les opérateurs veillent sur les étapes cruciales de préparation des formulations. (Photo: Côme Sittler)
Sur le plan environnemental, l’usine d’Osaka Ibaraki s’inscrit dans le plan climat du groupe Shiseido. Lequel vise la totalité des sites neutres en carbone d’ici 2026, une réduction en 2030 de 46% des émissions de CO2 de scope 1 et 2 par rapport à 2019, et de 55% pour celles de scope 3 à la même échéance. Le nouveau site a ainsi «été conçu comme un thermos», indique Ryohei Nakajima, le directeur. Tous les systèmes ont été pensés pour éviter toute fuite de chaleur – ni de fraîcheur l’été –, des panneaux solaires ont été implantés pour les besoins en électricité et les systèmes de production prévoit une réutilisation de l’eau à hauteur de 60 tonnes par an.
Doublement des capacités d'ici mi-2026
Le choix de la région d’Osaka n'est pas fortuit. Sur place, Shiseido détient et gère une usine depuis déjà 1939. «Il n’y avait rien autour de cette usine historique quand nous l’avions démarrée et elle se trouve désormais encerclée de bâtiments et d’habitations, en pleine zone urbaine, il y même quelques rues publiques traversant le site», raconte Antonios Spiliotopoulos. Le directeur exécutif de la chaîne d’approvisionnement du groupe ajoute qu’en conséquence Shiseido ne pouvait «plus l’agrandir ni l’optimiser». D’où le choix d’en construire une seconde.
D’ici à mars 2026, l’ancienne usine d’Osaka fermera même ses portes et tous ses employés seront intégralement déployés dans le nouveau site, qui recense déjà 1000 salariés. La nouvelle usine, qui détient actuellement des capacités de 80 millions d’unités par an, pourra d’ici un an doubler les volumes, à 160 millions, en intégrant les salariés de l’usine historique et en ajoutant des équipements. La place, elle, est déjà prévue.



