L'Usine Nouvelle - Comment progresse la marque Shiseido au Japon ?
Echo Lo - Très bien, nous bénéficions d’une croissance deux fois supérieure au marché. Le Japon, comme l’Asie se divise en deux segments : le travel retail [duty-free d’aéroport, ndlr] et la consommation locale, or nous sommes bien positionnés sur les deux. Les touristes affluent et nous sommes très impliqués avec les consommateurs locaux. Au Japon, nous avons lancé un fonds de teint qui est désormais numéro 1, tiré par une croissance à trois chiffres et issu d’une innovation forte. Nous recrutons aussi beaucoup au sein de la jeune génération.
Le vieillissement de la population au Japon est-il un écueil ?
Non, ce n’est pas un challenge, vous devez juste en prendre compte. Vieillir n’est pas nécessairement une donnée négative, c’est un procédé naturel. Le segment des soins anti-âges est le plus important sur le marché de la beauté. Mais la marque Shiseido se veut avant-gardiste, et nous challengeons toujours le statu quo dans l’industrie de la beauté. Vous ne pouvez pas stopper le vieillissement mais vous pouvez agir sur les mécanismes de la peau et ralentir le procédé de vieillissement. C’est ce que nous faisons depuis 2014 avec notre sérum Ultimune dont une nouvelle version vient d‘être lancée.
Come SITTLER "Il y a un ralentissement économique en Chine sur tous les marchés, pas seulement pour l’industrie de la beauté, et les Chinois sont devenus plus conservateurs dans leur manière de consommer, ils ne stockent plus, mais les besoins existent", remarque Echo Lo, directrice exécutive de la marque Shiseido, au siège du groupe à Ginza, Tokyo. (Photo: Côme Sittler)
Les ventes du groupe Shiseido ont souffert en Chine ces trois dernières années. Qu’en est-il pour la marque Shiseido ?
Le marché chinois sera le facteur critique de notre performance. C’est un marché qui change et évolue très vite, avec des hauts et des bas. Cela a été très complexe avec l’incident lié aux eaux de Fukushima [l’autorisation en 2023 par le Japon du rejet dans le Pacifique des eaux traitées de la centrale nucléaire a entraîné un boycott des produits japonais en Chine, NDR]. Mais les consommateurs chinois restent très attachés à utiliser des produits de grande qualité. Nous devons davantage nous impliquer auprès d’eux. Il y a, c’est vrai, un ralentissement économique en Chine, dans le luxe, l’électronique, sur tous les marchés, pas seulement pour l’industrie de la beauté, et les Chinois sont devenus plus conservateurs dans leur manière de consommer, ils ne stockent plus. Mais les besoins existent et nous devons faire progresser la marque Shiseido. Nous disposons des produits et des offres adéquates pour nous reconstituer.
Qu’en est-il des parfums Shiseido?
Le territoire des parfums se concentre essentiellement en Europe, où cela est intégré à la routine de beauté. Pas en Asie, où porter un parfum ne fait pas forcément partie des règles de courtoisie, mais les besoins évoluent et c’est un cadeau de choix qui portent nos ventes sur les marchés asiatiques. Pour davantage croître nous devons mieux séduire les jeunes générations. Nous observons une croissance des besoins.
Dans l’industrie de la beauté, les tendances et l’offre produits évoluent très rapidement, comment la marque Shiseido s’adapte ?
Il existe différentes façons de participer au marché de la beauté. De nouvelles marques débarquent toujours, mais certaines ne durent que quelques années. Certaines petites entreprises ou petites marques ne parviennent pas à maintenir leurs produits dans la durée, ça va, ça vient. La clé, c’est l’équilibre. Nous sommes concentrés sur l’innovation et la mise sur le marché d’avancées scientifiques excitantes pour le gain de nos consommateurs. En parallèle nous devons aussi conserver la continuité de nos produits phares. Les cycles courts de produits ne sont pas sains pour la marque et notre activité.
Come SITTLER "Le Japon est notre marché intérieur, nous y bénéficions de beaucoup d’opportunités, d’autant que dès sa création la marque Shiseido a toujours priorisé un marché international, donc le potentiel de croissance existe toujours au Japon", selon Echo Lo, directrice exécutive de la marque Shiseido. (Photo: Côme Sittler)
Quels sont les axes de développement de la marque Shiseido dans le monde ? Qu’en est-il de l’Inde, de l’Amérique du Sud ou du Moyen-Orient par exemple ?
Nous sommes la marque la plus internationale du portefeuille du groupe Shiseido. Chaque marché est important pour nous. Le Japon est notre marché intérieur, nous y bénéficions de beaucoup d’opportunités, d’autant que dès sa création la marque Shiseido a toujours priorisé un marché international, donc le potentiel de croissance existe toujours au Japon. L’Inde connaît une croissance rapide, nous y sommes déjà implantés et serons ravis de nous y renforcer. Au Brésil, nous sommes la plus importante marque du segment prestige, mais il existe d’autres opportunités, comme sur les très importants marchés de la protection solaire ou des soins de la peau. Notre présence est plus limitée en Amérique du Sud, nous ne sommes pas présents dans chaque pays, il reste encore beaucoup à explorer pour notre marque. Enfin, les consommateurs sont de plus en plus actifs au Moyen-Orient, surtout la jeune génération. Ils dévoilent un appétit et un vrai intérêt pour la beauté. Nous devons répondre à ces besoins.



