Entretien

Dans les cosmétiques, «les dupes comportent des taux de non-conformité inacceptables», selon Xavier Guéant de la Febea

Une perte de 3 milliards d'euros et 32000 emplois. C'est, selon, l'Office européen de la propriété intellectuelle, l'effet des produits de contrefaçon sur les ventes et les emplois dans le secteur européen des cosmétiques. Depuis quelques années, le secteur a vu l'émergence des dupes, ces copies qui profitent de l'image de marques de cosmétiques pour proposer des produits à plus bas coût, et selon la Fédération des entreprises de la beauté (Febea), moins-disantes sur le plan sanitaire. L'Usine Nouvelle s'est entretenue avec Xavier Guéant, directeur juridique, économique et international à la Febea pour comprendre ce phénomène.

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Xavier Guéant Febea
Selon Xavier Guéant, les non-conformités des dupes en cosmétiques peuvent atteindre des «pourcentages à deux chiffres».

L’Usine Nouvelle - Qu’est-ce qu’un dupe en cosmétiques et peut-il s’apparenter à de la contrefaçon ?

Xavier Guéant - La principale caractéristique d'un dupe, c'est de faire référence à un autre produit pour le vendre en le présentant comme étant soit une copie, soit quelque chose de fortement similaire. Il se trouve que dans le monde des cosmétiques, l'écueil dans lequel tombe systématiquement celui qui revend des dupes ou qui en fait la promotion, c'est de citer la marque qui est copiée. C'est pour cela que la problématique des dupes dans les produits cosmétiques est intimement liée à la contrefaçon de marque.

Donc si des commerçants vendent des dupes sans citer la marque qu’ils copient, ce ne serait pas attaquable juridiquement ?

Cela pourrait être attaquable juridiquement, mais pas sur le terrain de la contrefaçon. Ce serait plutôt du parasitisme ou de la concurrence déloyale.

Selon la Febea, ces produits présenteraient des dangers pour les consommateurs…

Quand on analyse ces dupes, on voit que les ingrédients ne sont pas les mêmes. On est sur des imitations grossières. Souvent, on passe à un niveau de qualité des ingrédients plus contestable, avec un certain nombre de non-conformités réglementaires, notamment parce que ces produits ne sont pas nécessairement fabriqués sur le sol français ou européen, contrairement à ce que certains prétendent. De plus, quand vous fabriquez un produit à bas coût en dehors de l'Europe, cela signifie une chose : vous testez sur des animaux. Or, vous n'avez pas le droit de mettre sur le marché des produits qui ont été testés sur les animaux en Europe depuis des années. 

Existe-t-il des chiffres fiables sur ce phénomène ?

Actuellement, il n’y a pas encore de statistiques très claires, mais qu'il s'agisse de produits d'ameublement, d'électronique ou de cosmétiques, nous sommes sur des taux de non-conformité inacceptables. Vous pouvez avoir occasionnellement un raté sur des produits trouvés dans les rayons de vos magasins habituels. Cependant, ici, nous constatons des pourcentages de non-conformité à deux chiffres, ce qui est inacceptable en termes de santé et de sécurité.

Pourraient-ils nuire à l’industrie française de la cosmétique ?

Nous avons les estimations en 2024 de l'Office européen de la propriété intellectuelle, qui indique qu'il s'agit d'une estimation de 3 milliards d'euros de manque à gagner. Cela correspond à 4,8% des ventes. Au niveau de l'Union européenne, nous constatons une perte d'emplois estimée à plus de 32 000 personnes.

Comment la Febea compte s’y attaquer ?

Nous devons sensibiliser les autorités pour rappeler que ce ne sont pas uniquement des problèmes économiques liés à l'export ou aux marques elles-mêmes. C'est aussi un problème pour le consommateur et pour la concurrence entre les distributeurs. Vous achetez vos produits chez Sephora ou chez Marionnaud, qui sont souvent des boutiques employant des gens dans les centres-villes, alors que des acteurs comme Shein ou Temu réalisent des économies sur les emplois et sur le reste. Il y a un sujet économique qui dépasse la filière. Nous devons aussi contrecarrer cette idée selon laquelle les dupes sont un bon plan licite.

Des moyens législatifs pourraient-ils être mobilisés, comme l’interdiction de la publicité, à l’instar de la fast fashion ?

Je ne pense pas que ce soit la bonne technique. Si une activité est illicite, ce qu'il faut vraiment, c'est cibler l'activité illicite, pas la publicité de cette activité !

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