«La guerre commerciale ne fait que des perdants». C’est par ces mots que la fédération des entreprises de la beauté (Febea) a réagi à la mise en place de droits de douane par l'administration Donald Trump le 3 avril, par voie de communiqué. Il faut dire que le marché américain se situe au deuxième rang des importateurs de produits cosmétiques français, représentant 3 milliards d’euros et 13% du total des exportations.
Des options limitées
«Nous appelons à la proportionnalité de la réponse européenne, nous ne voulons pas qu’il y ait de surenchère», déclare Marie Audren, directrice des affaires publiques et de la communication de la Febea, à L’Usine Nouvelle. Les entreprises du secteur craignent une potentielle escalade de la guerre commerciale, qui nuirait d’autant plus aux ventes de cosmétiques, car leurs marges de manœuvre face aux droits de douane sont limitées.
«Notre export vers les Etats-Unis concerne principalement des produits premium, donc plutôt du maquillage, du parfum (qui représente la moitié des produits exportés, NDLR) des soins que des shampooings, indique Marie Audren. En prenant en compte la consommation américaine et la forte inflation qui la traverse, il n’est pas si simple d’augmenter les prix.» Les industriels de la cosmétique qui exportent aux Etats-Unis sont donc face à un choix cornélien : augmenter les prix et risquer de perdre une partie de leur clientèle étatsunienne, ou rogner leurs marges.
Une pression concurrentielle accrue
La fédération garde aussi un œil sur les pays compétiteurs, qui se sont vus infliger des droits de douane plus importants que la France, comme le Japon, à 24% la Chine, à 34%, et la Corée du Sud, à 25%. «Pour l’instant, il n’y a pas de distorsion de la concurrence, mais il pourrait y avoir un effet de report plus offensif de ces compétiteurs sur d’autres marchés que les Etats-Unis», explique Marie Audren. Parmi ceux-ci, les Emirats arabes unis représentent plus de 3% des exports français de produits cosmétiques, en croissance de 14% en 2024.
Mais le marché le plus important qu’il reste encore à conquérir est l’Europe elle-même. Premier débouché du secteur cosmétique français, comptant pour 40% des exportations en 2024, il est une cible privilégiée pour l’industrie cosmétique à l’international. Cela pousse la Febea à appeler à un «renforcement de la compétitivité du secteur». Comprendre : la simplification de certaines mesures, voire leur annulation, comme la directive européenne sur le traitement des eaux résiduaires urbaines.
Entrée en vigueur en janvier 2025, celle-ci impose aux industries pharmaceutiques et cosmétiques de financer «80 % des coûts d'investissement et de fonctionnement du traitement quaternaire des eaux résiduaires urbaines». Selon la Febea, le secteur des cosmétiques doit assumer 26% de ces écocontributions, mais n’émettrait que 1% des micropolluants qui font l’objet de la directive. Cosmetics Europe, lobby du secteur à Bruxelles, a par ailleurs déposé une requête le 7 mars auprès de la cour de justice de l’UE, lui demandant d’annuler certains articles.



