Derrière l’aéronautique, le secteur des cosmétiques est celui qui contribue le plus à la balance commerciale hexagonale, avec 22,2 milliards d’exportations entre novembre 2023 et octobre 2024. «Nous sommes l’un des seuls secteurs à avoir toute la chaîne de valeur en France !», vante Marc-Antoine Jamet, président de la Cosmetic Valley, coordinateur de la filière des cosmétiques et de la parfumerie. Il est donc naturel pour le secteur de s’alarmer quand le premier client du secteur, les États-Unis — près de 12% des exportations —, montre des velléités de guerre commerciale.
Les droits de douane généralisés, la meilleure option
Une étude effectuée par le cabinet Asterès pour le compte de la Cosmetic Valley montre que «la demande américaine, soutenue depuis plusieurs années, devrait le rester à l’avenir», sauf effets potentiels des droits de douane. Trois scénarios sont examinés dans l’étude, en rappelant que «l’imprévisibilité de Donald Trump rend difficile toute prévision fiable de la politique commerciale américaine au cours des quatre prochaines années».
«S’il y a des droits de douane généralisés, les exportations de cosmétiques françaises vers les États-Unis seraient peu pénalisées, indique Sylvain Bersinger, chef économiste chez Asterès. Car l’ensemble de leurs imports de cosmétiques seraient concernés, et leurs exports deviendraient moins compétitifs.» Pour l’économiste, qui s’est penché sur l’évolution du dollar durant le premier mandat de Donald Trump, une hausse des droits de douane conduirait à une appréciation du dollar, ce qui annulerait le gain de compétitivité.
Des scénarios moins reluisants
Cependant, ce scénario est le seul qui pourrait produire un impact relativement limité sur le secteur français de la beauté. «Si les droits de douane américains ciblent spécifiquement les cosmétiques françaises, l’effet négatif serait puissant», peut-on lire sur l’étude. Pour Sylvain Bersinger, si le président étasunien n’a pas mentionné cette possibilité pour l’instant, une attaque symbolique sur le secteur, dont la France est le premier exportateur, n’est pas à exclure, comme le subit actuellement le cognac en Chine. «Des mesures similaires pourraient être prises côté européen. Cependant, comme les exportations de cosmétiques de la France (2,7 milliards d’euros) sont plus de cinq fois supérieures aux importations (488 millions d’euros), l’effet positif sur la filière cosmétique française de cette rétorsion serait limité», est-il précisé dans l’étude.
Enfin, le troisième scénario est celui de la catastrophe : la guerre commerciale généralisée, qui nuirait certainement au secteur, dont plus de 60% de la production est exportée. «Comme l’a dit le Wall Street Journal, ce serait la guerre commerciale la plus stupide de l’histoire !», lâche Sylvain Bersinger.



