Ce sont des champions français à l’export, avec une très forte dépendance au marché américain. L’ensemble chimie, parfums et cosmétiques va forcément souffrir des nouvelles barrières douanières de 20% décrétées par les États-Unis. Le pays incarne le deuxième marché pour ces exportations françaises. En 2024, elles avaient représenté 6,7 milliards d’euros, derrière l’Allemagne (9,5 milliards), et devant l’Espagne (5,8 milliards), selon les chiffres des douanes françaises. Côté importations, les États-Unis n’avaient compté l’an dernier que pour 4,3 milliards d’euros sur le marché français de la chimie, des parfums et cosmétiques. La nouvelle stratégie protectionniste américaine va ainsi fortement altérer le solde commercial qui était jusqu’à présent nettement positif.
La chimie en France très exposée aux barrières douanières américaines
France Chimie s'inquiète évidemment de ces décisions américaines du 2 avril. Elles entraîneront de l'inflation sur les produits chimiques et en aval sur le reste de l'industrie, elles complexifient davantage le manque de visibilité sur ce marché, et elles risquent de geler certains investissements, souffle-t-on du côté du syndicat patronal de la chimie dans l’Hexagone. Le plus important segment, regroupant produits chimiques de base, produits azotés, matières plastiques et caoutchouc synthétique, avait affiché l’an dernier une progression de 37,3% de ses exports aux États-Unis, atteignant 2,6 milliards d’euros, et faisant du territoire américain son 4e plus grand débouché à l’international après l’Allemagne, la Belgique et l’Italie. Actuellement en pleine crise, étouffée par la faible demande industrielle, les coûts de l’énergie et la concurrence internationale, l’industrie chimique en France va devoir affronter une nouvelle tempête. En parallèle, les importations américaines avaient aussi progressé l’an dernier, mais de façon bien moindre, à hauteur de 12%, pour une valeur de 1,7 milliard d’euros.
Un parfum sur cinq aux Etats-Unis made in France
Le secteur des parfums et cosmétiques n’a pas manqué de réagir, de son côté. La Fédération des entreprises de la beauté (Febea) déplorait la situation le 3 avril dans un communiqué, soulignant que «les relations transatlantiques dans ce secteur reposaient jusqu’ici sur un cadre équilibré, sans droits de douane réciproques. Elles s’inscrivent dans une longue tradition de coopération commerciale, d’investissements croisés et d’implantations industrielles de part et d’autre de l’Atlantique», et statuant que cette «guerre commerciale ne fait que des perdants». En février dernier, la Febea se réjouissait de la dynamique croissance française sur le marché américain, avec des ventes de 2,8 milliards d’euros en 2024, en progression de près de 18% sur un an. Une performance tirée surtout par la parfumerie, alors qu’actuellement un parfum sur cinq vendu aux États-Unis est fabriqué en France. Le pays de l’Oncle Sam reste le premier marché national à l’export pour les parfums et cosmétiques made in France, le deuxième juste après l’ensemble de l’UE.
La pharma en sursis
L’exemption de taxes douanières sur les produits pharmaceutiques est en revanche une meilleure nouvelle pour ce secteur. Même si le dossier pourrait évoluer dans les semaines prochaines, l’administration Trump n’ayant pas totalement exclu de mesures et continuant d’examiner ce dossier. Selon les données des Douanes, les échanges commerciaux avec les États-Unis présentent un solde négatif en termes de balance commerciale. Deuxième territoire à l’export en 2024 derrière l’Allemagne, les États-Unis avaient importé pour une valeur de 3,7 milliards d’euros (en repli de 7% sur un an) en produits pharmaceutiques depuis la France. Le territoire américain se pose en revanche comme le premier pays d’importation pour notre pharmacie, pour une valeur de 4,9 milliards d’euros l’an passé, en progression de 5,4%. L’apparition de droits de douanes creuserait mécaniquement d’autant plus le déficit.



