Entretien

«Shiseido ne considère pas la production comme secondaire», soutient Antonios Spiliotopoulos, directeur exécutif de la chaîne d’approvisionnement

Le leader japonais de la cosmétique dispose de 11 usines dans le monde. Le Japon demeure la base principale de Shiseido avec actuellement 5 sites de fabrication. Les autres usines sont implantées aux Etats-Unis, à Taiwan, en Chine et en France, à Gien et Ormes dans le Loiret. Pour le groupe, cet outil industriel est central, comme l’exprime Antonios Spiliotopoulos, directeur exécutif de la chaîne d’approvisionnement.

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"90% de nos productions sont en propre. Certains acteurs considèrent la production comme secondaire, ce n’est pas le cas de Shiseido. Nous l'avons toujours considéré comme une partie clé", souligne Antonios Spiliotopoulos, directeur exécutif de la chaîne d'approvisionnement du groupe japonais.

L'Usine Nouvelle - Comment s’organise votre réseau de production ?

Antonios Spiliotopoulos - Nos usines assument un double rôle. D’abord, elles portent les marques pour nos marchés mondiaux. En Europe, le site de Gien (Loiret) est en charge de la production de nos parfums. Pour les marques Shiseido et Clé de Peau, les fabrications sont à 90% au Japon, d’où provient l’innovation pour ces gammes. En Chine, nous produisons localement nos gammes pour le marché intérieur. La seconde mission de nos usines est justement de produire pour les marchés locaux. Certaines unités sont fabriquées en Europe pour les marchés européens.

Le groupe Shiseido a construit pas moins de trois usines au Japon entre 2019 et 2022. Pourquoi ?

Cela résulte de la croissance de notre activité pour nos marques japonaises dans le monde depuis 2014. En 2018 nous avons été confrontés à un challenge capacitaire. Nous vendions bien au-delà de nos capacités de production pour satisfaire la demande. Or nous ne voulons pas faire produire par d’autres nos produits phares, pour des raisons de sécurité de la chaîne d’approvisionnement et de qualité. Nous voulons, au Japon, produire nos marques japonaises pour le monde. Cela fait partie intégrante de notre identité.

Quelles sont les différences entre vos usines japonaises ?

Elles sont spécialisées par technologie. Notre site d’Osaka produit les marques prestige et de luxe. L’usine de Kurume est positionnée sur nos marques premium, comme notre gamme solaire Anessa qui est numéro 1 en Asie, ou notre gamme de soins de la peau Elixir. A Nasu nous produisons aussi des produits premium, tandis qu’à Kakegawa nous sommes focalisés sur les gammes maquillage de nos marques japonaises.

Antonios Spiliotopoulos, directeur exécutif de la chaîne d'approvisionnement du groupe ShiseidoCome SITTLER
Antonios Spiliotopoulos, directeur exécutif de la chaîne d'approvisionnement du groupe Shiseido Antonios Spiliotopoulos, directeur exécutif de la chaîne d'approvisionnement du groupe Shiseido (Come SITTLER/Come SITTLER)

"Shiseido, c’est la fusion de l’art et de la science. En production il y a la technologie et la sensorialité humaine. La beauté ne relève pas que de l’ingénierie, elle repose sur une partie scientifique et une sur partie humaine et artistique. C’est la même chose dans nos usines", commente Antonios Spiliotopoulos, que tout le monde appelle Tony-San au siège de Shiseido à Tokyo. (Photo: Côme Sittler)

Vous produisez tout en propre ou faites-vous appel à de la sous-traitance ?

Nous sous-traitons la fabrication d’une petite partie du maquillage, comme certains produits colorés mais ni les fonds de teint ni le maquillage du visage. Nous ne savons pas tout faire et nous nous appuyons sur des partenaires de qualité, comme en France, en Corée du Sud ou ailleurs, pour du maquillage de couleur par exemple. Nous ne voulons pas non plus investir dans certaines technologies, comme les aérosols, qui ne représentent qu’une petite partie de nos activités. Au total, 90% de nos productions sont en propre.

Certains acteurs considèrent la production comme secondaire. Ils innovent mais ne s’appuient pas sur des capacités en propre. Ce n’est pas le cas de Shiseido. Nous avons toujours considéré la production comme une partie clé. Nous sommes très fiers de nos usines et de leurs équipes. Nous sommes centrés consommateurs, c’est un état d’esprit. C’est l’esprit japonais.

Vous avez mis en service fin 2020 une grande usine à Ibaraki, près d’Osaka, où vous avez déjà une usine depuis 1939. Quel avenir pour cette ancienne usine ?

Il n’y avait rien autour de cette usine historique d’Osaka quand nous l’avions démarré en 1939. Désormais elle se trouve encerclée de bâtiments et d’habitations, en pleine zone urbaine, il y même quelques rues publiques traversant le site. Nous ne pouvions plus l’agrandir ni l’optimiser. Nous avons donc décidé d’en construire une seconde, intégrée à un centre de distribution. Les employés sont graduellement redéployés à Ibaraki et d’ici mars 2026 cette ancienne usine d’Osaka cessera ses activités. Certaines productions seront également transférées dans notre site de Kakegawa.

"Notre rêve c’est d’arriver à un impact zéro, je dirais même d’atteindre un impact positif. Nous y travaillons", indique Antonios Spiliotopoulos. (Photo: Côme Sittler)

Quelles sont vos priorités dans vos activités de production ?

La principale concerne la sécurité pour l’environnement, nos employés, et les communautés voisines de nos sites. Cela fait partie de notre ADN. Au-delà, nous plaçons l’expérience client, les bénéfices apportés par nos produits, et la livraison à l’heure avec la meilleure qualité. Nous ne sacrifions pas la qualité aux coûts. C’est un challenge, nous ne disposons pas de raccourcis, nous devons trouver le meilleur équilibre. Shiseido, c’est la fusion de l’art et de la science. En production il y a la technologie et la sensorialité humaine. La beauté ne relève pas que de l’ingénierie, elle repose sur une partie scientifique et une sur partie humaine et artistique. C’est la même chose dans nos usines. Certaines lignes sont entièrement automatisées, mais pour nos produits prestige nous nous appuyons sur une combinaison entre la technologie et l’humain. Vous pouvez automatiser le remplissage de tubes, mais nos techniciens vont ouvrir les capuchons et porter attention au bruit d’ouverture, ils vont malaxer les tubes, ce sont des vérifications sensorielles que nous ne voulons pas éviter.

Comment travaillez-vous pour réduire l’impact environnemental de vos usines ?

Aujourd’hui, 100% de notre électricité est d’origine renouvelable. Nous utilisons encore du gaz pour nos besoins en chaleur, avec l’objectif de s’en passer d’ici à 2050. En attendant nous appliquons des systèmes de management pour réduire la consommation, et nous évaluons différentes solutions comme le recours à l’hydrogène ou à des chaudières électriques. Je suis très optimiste de nature et les technologies évoluent très rapidement. Par le passé, les chaudières électriques étaient dix fois plus imposantes qu’à gaz pour la même quantité d’énergie, et maintenant on en trouve de taille similaire. L’hydrogène me semble très prometteur. Notre rêve c’est d’arriver à un impact zéro, je dirais même d’atteindre un impact positif. Nous y travaillons.

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