Etude

L’extraction de ressources naturelles explose dans le monde, alerte l'ONU

Biomasse, métaux, minéraux, combustibles fossiles... L’extraction de ressources naturelles dans le monde a triplé en 50 ans et pourrait augmenter de 60% d’ici 2060 alerte l’ONU Environnement et l’International Resources Panel dans un rapport fleuve publié le 1er mars. Ils exhortent à infléchir la trajectoire. 

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Mine pelleteuses
L'extraction de matières premières dans le monde a atteint plus de 106 milliards de tonnes en 2023.

L’alerte est sérieuse. L’extraction de biomasse, de matières fossiles, de métaux et de minéraux en tous genres dans le monde continue d’exploser. Aujourd’hui, la pression humaine augmente de telle manière qu’elle pourrait faire «dérailler les efforts pour atteindre non seulement les grands objectifs relatifs au climat, à la biodiversité et à la pollution, mais aussi la prospérité économique et le bien-être humain», écrivent en grosses lettres les experts de l’ONU Environnement et de l’International Resources Panel dans la dernière édition du Global Resources Outlook, rendue publique vendredi 1er mars.

Ce rapport fleuve, publié tous les cinq ans, fait un point détaillé et chiffré sur le rythme frénétique d’extraction de ressources naturelles, souvent peu pris en compte malgré son rôle majeur dans la «triple crise du climat, de la biodiversité et de la pollution». Les auteurs du rapport appellent à «infléchir la trajectoire».

39 kilos de matière par personne et par jour

Bois coupé, produits agricoles cultivés, poissons pêchés, ou encore métaux et minéraux extraits du sol et combustibles fossiles brûlés ou transformés en plastique… Au total, le poids des ressources prélevées et utilisées par l’homme en 2024 atteint 106,6 milliards de tonnes, soit 39 kilos de matière par personne et par jour. Un chiffre qui a plus que triplé par rapport à 1970, et surtout qui continue d’augmenter de 2,3% chaque année. Si la tendance historique se poursuit, il risque de progresser encore de 60% d’ici 2060, alertent les scientifiques qui écrivent le rapport.

Le panier des matières premières a aussi évolué, marqué par l'industrialisation du monde et la place grandissante des ressources minérales non-métalliques, tels le gravier, le sable, l'argile ou encore les minéraux industriels. Cette catégorie représente près de la moitié des ressources prélevées par les humains en 2020, devant la biomasse (26%), les combustibles fossiles (16%) et les minerais métalliques (10%). En poids, toutes les catégories sont en augmentation constante

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Les pays riches presque rattrapés par les émergents

Plus que l'augmentation démographique, c’est la croissance du niveau de vie dans le monde – que l’on pourrait résumer comme l’apparition d’une classe moyenne mondiale – et la construction de bâtiments et d’infrastructures de mobilité qui sont les principaux moteurs de la croissance de l’extraction de ressources naturelles. En particulier, la Chine a pris un poids démesuré dans l’équation et représente plus du tiers de l’extraction en 2020, suivie des Etats-Unis, de l’Inde et du Brésil.

L'usage de matières premières reste très inégalitaire. Entre 2000 et 2020, la croissance des pays émergents et les délocalisations d’une partie des activités qui brassent le plus de matières dans ces pays y a fait exploser l’extraction de ressources naturelles au niveau des pratiques des pays développés. Les habitants des pays les plus riches (dont la France) restent les premiers sur le podium de la consommation de matières premières, avec 24 tonnes par an et par personnes. Mais ils sont petit à petit rattrapés par les pays émergents (19 tonnes par an) tandis que la consommation des pays les plus pauvres, notamment en Afrique, stagne (autour de 4 tonnes).

Diminuer l'intensité en ressources

Cette explosion de l’extraction de ressources est tout sauf durable. L'extraction et le raffinage des matériaux est à l’origine de 55% des émissions de gaz à effet de serre et de 40% des impacts sur la santé liés aux pollutions de l’air. La culture et la récolte de biomasse sont aussi à la racine d’une vaste part de la perte de biodiversité et de stress hydrique dans le monde. Parmi une multitude de détails, le rapport rappelle aussi que le ciment est à l’origine de la moitié de l’impact des infrastructures sur le climat, ou que la production de métaux et de minéraux est à l’origine d’un tiers des émissions de particules fines dans le monde.

Généralisation de l’économie circulaire, limitation des produits les plus consommateurs de ressources, diminution de la consommation de viande, décarbonisation du système énergétique… Face à l’urgence, les auteurs incitent les décideurs à adopter une foule de solutions d’ampleur pour diminuer l’usage des ressources et leurs impacts, principalement dans les pays riches. «Nous ne devrions pas accepter que la réponse aux besoins humains doive être intensive en ressources, et nous devons arrêter de stimuler un succès économique basé sur l'extraction», résume Janez Potocnik, coprésident de l'International Resources Panel dans un communiqué.

Un constat d'autant plus urgent que, selon les auteurs, un scénario «durable» ambitieux conduirait tout de même à une augmentation de 20% de l'extraction de ressources naturelles d'ici à 2060, portée par la hausse du niveau de vie des pays en développement. 

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