L’Europe se prépare à lancer un plan massif dans le cloud

L’Union européenne prépare le lancement en 2022 d’un plan PIIEC dans le cloud, pour un montant de plusieurs milliards d’euros étalés sur cinq ans. Parmi les participants au volet français figurent Atos, Capgemini, Amadeus, OVHcloud, Orange et 3DS Outscale. Ils bénéficieraient d’un soutien public de 300 millions d’euros.

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Vers un plan européens dans le cloud et l'edge computing
Un plan européen sur le cloud est imminent

Le plan européen PIIEC (projet important d’intérêt européen commun) sur le cloud est sur les rails. Le secrétariat d’Etat de la Transition numérique et des Communications électroniques a annoncé mercredi 6 octobre le lancement officiel du processus de rapprochement entre environ 80 projets rassemblant près de 200 entreprises de douze États membres de l'Union européenne. 

« L’objectif de ce processus de matchmaking est de coordonner les différents projets en provenance des Etats membres de façon à soumettre à Commission européenne un plan cohérent qui a toutes les chances d’être validé et accepté», explique à L’Usine Nouvelle Alban Schmutz, vice-président en charge des relations avec les pouvoirs publics chez OVHcloud, et président de CISPE, l’association des fournisseurs de cloud d’infrastructure en Europe.

L’idée de ce plan a été initiée par la France et l’Allemagne, lors du dialogue technologique en octobre 2020. Dix autres Etats membres de l’UE se sont joints à l’initiative, dont l’Espagne, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas, la Pologne, la Hongrie et la Slovénie. L’objectif est d’assurer l’indépendance et la souveraineté numériques de l’Europe en la dotant d’une infrastructure cloud européenne à la hauteur de sa puissance économique.

Convergence des stratégies cloud

Selon le cabinet Synergy Research, le marché européen du cloud d’infrastructure a quadruplé en quatre ans pour dépasser 28 milliards d’euros au cours de la dernière année (de juillet 2020 à juin 2021), en bond annuel de 37%. Mais les acteurs européens, menés par T-Systems, OVHcloud, SAP et Orange, ont vu leur part de marché collective tomber de 27% au début de 2017, à 16% aujourd’hui, tandis que celle des américains Amazon, Microsoft et Google est passée de 50% à 69% sur la même période.

Le futur PIIEC vise à inverser cette tendance. «Il y a aujourd’hui une volonté politique forte des Etats membres de l’UE de faire converger leurs stratégies dans le cloud, se félicite Alban Schmutz. Ce n’était pas le cas il y a deux ans. Nous sommes optimistes sur l’issue de ce processus. La Commission européenne, sous l’impulsion de Thierry Breton, commissaire européen en charge du marché intérieur, met toute son énergie pour aboutir à une initiative forte.»

Un plan à 20 milliards ?

Le PIIEC est un nouvel instrument européen de politique industrielle qui autorise des Etats de l’UE à soutenir leurs industriels au-delà de la R&D, jusqu’en production. Il a été mis en place pour la première fois en 2018 dans la nanoélectronique avec comme volet français Nano 2022 dont les chefs de file industriels sont STMicroelectronics, Soitec, Lynred, X-Fab France et UMS.

Compte tenu des enjeux et de l’intensité d’investissement, le plan sur le cloud s’annonce massif. L’enveloppe financière n’est pas encore déterminée. «Elle devrait être plus proche des 20 milliards d’euros que des 10 milliards d’euros envisagés au départ par la Commission européenne, pronostique Alban Schmutz. Tout dépendra des projets retenus en fin du processus de rapprochement et de ce que les Etats participants sont prêts à y mettre comme argent.»

La France mise sur un démarrage en 2022 

Dans la feuille de route, remise en mai 2020 à Thierry Breton, un groupe d’industriels, dont Airbus, Atos, Capgemini, Ericsson, Nokia, Orange, Deutsche Telekom, OVHcloud, 3DS Outscale, SAP et Schneider Electric, propose un plan d’investissement public-privé de 19 milliards d’euros en cinq ans dans le cloud et l’edge computing, dont près de 15 milliards d’euros dans l’infrastructure (datacenters, nœuds d’edge computing et réseau).

Pour le volet français, le gouvernement est prêt à apporter un soutien de 300 millions d’euros dans le cadre du PIA 4 (programme d’investissement d’avenir) et du plan France relance. Parmi les futurs bénéficiaires, figurent Amadeus, Atos, Capgemini, Orange et OVHcloud. Paris pense notifier à la fin de l'année son volet à la Commission européenne de façon à ce que le plan démarre en 2022 et s'étale jusqu'en 2026.

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