Bruno Le Maire décrit un projet « exemplaire », le « plus important au monde », offrant à la France la capacité de devenir « l’un des champions mondiaux de la production d’hydrogène décarboné ». En visite sur le plus grand site français d’hydrogène d’Air Liquide en France, à Port-Jérôme-sur-Seine (Seine-Maritime) mardi 8 mars, le ministre de l’Economie est venu dévoiler un engagement de 190 millions d’euros de l’Etat pour soutenir ce projet d’Air Liquide de construire un électrolyseur de 200 MW à l’horizon 2025, à quelques kilomètres du site actuel. Une capacité qui n’a pas encore d’équivalent dans le monde pour la production d’hydrogène vert.
Structurer la filière en France et en Europe
Ce soutien public s’inscrit dans le cadre du Projet important d’intérêt européen commun (Piiec) hydrogène. L’Etat français a transmis un total de 15 projets sur tout le territoire à la Commission européenne pour leur intégration à ce Piiec, destiné à constituer une filière solide d’hydrogène décarboné en Europe. La Commission devrait se prononcer sur tous les projets européens proposés avant l’été. Pour développer l’hydrogène décarboné en France, l’Etat s’est engagé à consacrer 1,9 milliard d’euros dans le cadre de France relance, et prévoit jusqu’à 7 milliards d’investissements publics jusqu’en 2030. Cette enveloppe de 190 millions d’euros pour le projet d’Air Liquide en est une illustration.
De son côté, Air Liquide avance son projet, baptisé Air Liquide Normand’Hy. Benoît Potier, le PDG du groupe, a confirmé la volonté d’une mise en production en 2025 et souligne que le projet n’est plus dans la « prévision », mais a atteint « l’étape de la réalisation ». Si le montant des investissements nécessaires n’a toujours pas été dévoilé, Air Liquide a toutefois conclu mardi 8 mars deux protocoles d’accord majeurs pour l’avenir de cette infrastructure. Le premier concerne un contrat d’alimentation en électricité renouvelable à long terme avec TotalEnergies, qui garantit un approvisionnement de l’électrolyseur en électricité d’origine éolienne et photovoltaïque. Le second protocole d’accord porte sur l’approvisionnement en hydrogène renouvelable de la raffinerie de TotalEnergies à Gonfreville, implantée à une vingtaine de kilomètres de Port-Jérôme.

- 58.7+6.53
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
- 69.4+7.26
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Alliance avec Siemens Energy
La future usine d’Air Liquide sera mise en place avec l’aide de l’allemand Siemens Energy qui fournira sa technologie à membrane par échanges de protons (PEM). Benoît Potier se félicite de « l’alliance franco-allemande » portant le projet, indiquant qu’une partie des équipements sera produite outre-Rhin, quand les sous-systèmes seront assemblés en France. La capacité de 200 MW du futur électrolyseur correspond à 84 tonnes par jour d’hydrogène. Ce qui est légèrement inférieur à la capacité du site en activité depuis 2004 à Port-Jérôme (100 tonnes par jour), et deux fois moins important que le site de production d’hydrogène de TotalEnergies à Gonfreville (200 tonnes par jour), qu’Air Liquide va bientôt reprendre dans ses activités.
Pour ces deux unités, il s’agit d’hydrogène produit par reformage de méthane à la vapeur, un procédé moins cher que l’électrolyse, mais au bilan carbone élevé. En 2015, Air Liquide a implanté à Port-Jérôme son unité Cryocap, une technologie unique au monde qui permet de capter par cryogénation plus de 90% du CO2 émis lors du procédé, et d’accroître les rendements en hydrogène. Le CO2 récupéré est utilisé grâce à son grade alimentaire dans l’agroalimentaire, en particulier dans les sodas. Une seconde unité Cryocap sera implantée sur l’unité d’hydrogène à Gonfreville. Les détails et le calendrier ne sont pas encore connus, mais « ce projet est acté » confirme Mathieu Giard, directeur des activités hydrogène chez Air Liquide.
Décarbonation de l’axe Seine
Le futur électrolyseur et cette seconde unité Cryocap s’imbriquent dans un plus vaste projet de décarbonation de l’ensemble du bassin industriel. Air Liquide, TotalEnergies, mais aussi Esso (ExxonMobil, raffinage et pétrochimie), Yara et Borealis (engrais), avec des implantations allant du Port du Havre jusqu’à Grand-Quevilly près de Rouen (Seine-Maritime), sont réunis dans un consortium visant à décarboner l’axe Seine. A l’été 2021, ce consortium avait dévoilé un projet de captage des émissions de CO2 de l’ensemble des sites et de stockage en mer du Nord. Les industriels impliqués nourrissent l’ambition de réduire de 3 millions de tonnes par an ces émissions. Les flux seront regroupés au sein du réseau régional de canalisations de CO2 d’Air Liquide, connecté aux sites actuels d’hydrogène à Port-Jérôme et Gonfreville.
« C’est la mise en place d’un écosystème à l’échelle d’un bassin industriel », souligne Benoît Potier. « Notre électrolyseur sera relié et connecté à notre réseau local d’hydrogène », lequel alimente aujourd’hui les industriels du raffinage et de la pétrochimie, et « permettra d’amorcer les premiers projets de mobilité lourde par hydrogène dans la région et jusqu’à Paris ». Ce qui devrait permettre à la fois d’accroître les ressources énergétiques de l’axe Seine, tout en le décarbonant.



