Le projet se limite aujourd’hui à un protocole d’accord. Rien n’est donc fait et de multiples questions demeurent en suspens. Reste que l’objectif est conséquent: parvenir à la réduction d’ici à 2030 sur l’Axe Seine, en Normandie, de 3 millions de tonnes par an d’émissions industrielles de CO2. Ce qui est décrit comme l’équivalent des émissions de plus d'un million de voitures sur un an. Le projet réunit Air Liquide, TotalEnergies, Yara, Borealis et Esso, cinq acteurs du raffinage, de la pétrochimie, des engrais et des gaz industriels, avec des actifs conséquents dans la région.
Captage en Normandie et stockage en mer du Nord
L’annonce, lundi 12 juillet, porte sur l’ambition de mettre sur pied une infrastructure de captage de CO2 dans ce grand bassin industriel normand jusqu’à des solutions de stockage ciblées en mer du Nord. Une première phase d’étude de la faisabilité technique et économique va s’engager, sans toutefois qu’un calendrier ne soit encore dévoilé, en dehors de l’objectif de l’horizon 2030. Pas d’éléments non plus sur les financements, les partenaires soulignant toutefois dans un communiqué commun qu’ils solliciteront "des financements européens, français et régionaux", et que leur projet est également "ouvert à d’autres acteurs industriels".
A ce stade, deux pistes sont évoquées. La première concerne le captage de CO2. Air Liquide met en avant sa technologie Cryocap, qui permet, grâce à un procédé cryogénique, de capter des gaz résiduels d’une unité industrielle et d’en séparer, purifier et liquéfier le CO2. Depuis 2015, le groupe français de gaz industriel dispose d’une unité unique au monde installée sur son site de Port-Jérôme (Seine-Maritime) à la sortie d’une unité de production d’hydrogène. Actuellement, ces volumes récupérés de CO2 sont utilisés par Air Liquide pour ses besoins locaux en CO2 de grade alimentaire, comme dans les boissons gazeuses ou les emballages sous vide. Selon le groupe, Cryocap pourrait permettre de capter jusqu’à 90% des émissions de CO2.
Northern Lights et Aramis en mer du Nord
La seconde piste est évoquée par TotalEnergies et concerne le stockage. Dans le communiqué commun des partenaires, Bernard Pinatel, directeur général raffinage-chimie, rappelle que le groupe "développe en mer du Nord des projets de stockage de CO2 comme Northern Lights et Aramis". Le projet Northern Lights, auquel TotalEnergies collabore depuis 2017, est mené avec Equinor et Shell et consiste à concevoir un gigantesque stockage géologique de CO2 au large des côtes norvégiennes, ainsi que les infrastructures pour acheminer des volumes de 1,5 million de tonnes par an.
Le projet Aramis, qui regroupe des acteurs en France, Belgique, Pays-Bas et Allemagne, vise à mettre sur pied un vaste réseau de récupération d’émissions industrielles acheminées à Rotterdam (Pays-Bas) pour un stockage dans d’anciens réservoirs géologiques en mer du Nord.
Gigantesques plateformes normandes
Le périmètre industriel concerné par le projet normand n’est pas non plus défini. Dans cette zone de l’Axe Seine, on trouve d’abord les deux gigantesques plateformes de raffinage et de pétrochimie de TotalEnergies et d’Esso, filiale de l’Américain ExxonMobil. Implantée à Gonfreville-L’Orcher (Seine-Maritime), à proximité du port du Havre, la plateforme Normandie de TotalEnergies est l’une des plus grandes du groupe dans le monde et la principale en France. Près de 12 millions de tonnes de pétrole brut y sont transformées chaque année, 200 produits y sont fabriqués. Le groupe décrit des capacités représentant 12% de la capacité de raffinage en France et 11% de celles de production de plastiques.
Le complexe d’ExxonMobil se déploie de son côté à seulement quelques kilomètres, un peu plus à l’Est dans l’embouchure de la Seine. A Notre-Dame-de-Gravenchon-Port-Jérôme-sur-Seine, cette plateforme dispose de capacités de raffinage de 12 millions de tonnes par an, de 2 millions de tonnes par an de produits pétrochimiques, ainsi que d’une unité de 200 000 tonnes par an de lubrifiants.
Les sites d’engrais de Yara et de Borealis
Dans cette zone, Yara et Borealis sont concernés par leurs activités de production d’engrais. Le premier est le géant norvégien du secteur. Il détient une vaste usine, construite à la fin des années 1960 et qui s’étend sur 47 hectares au sein du Port du Havre, à proximité de l’estuaire de la Seine. Borealis, détenu à 75% par le pétrolier et gazier OMV basé en Autriche et à 25% par le groupe Mubadala (Abu Dhabi), serait concerné de son côté par son complexe dans la zone portuaire de Rouen.
A Grand-Quevilly, sur 100 hectares, l’usine produit des engrais et des intermédiaires industriels pour les engrais azotés mais aussi pour d’autres industries comme la métallurgie ou l’agro-alimentaire. Le site, dont les origines remontent à 1909, est l’ancien de GPN repris auprès de Total par Borealis en 2013.



