Sur 300 millions d’euros de dépenses d’innovation en 2018, Air liquide en a consacré un tiers à ses projets de réduction d’empreinte carbone. Numéro deux mondial des gaz industriels, le groupe est un grand consommateur d’énergie et émetteur de gaz à effet de serre. "Nous sommes une entreprise émettrice", reconnaît David Meneses, le directeur développement durable d’Air liquide. En cause,
le business model, qui "repose aussi sur l’outsourcing des besoins clients, donc sur la prise en charge, à notre compte, d’une partie de leurs émissions". Si le groupe dispose de sites de production en propre, il exploite également des usines sur les sites de grands acteurs en fournissant sur place des gaz indispensables à leur production, notamment dans le raffinage, la chimie, la sidérurgie et l’électronique.
Un outil de mesure spécifique
La croissance des activités accroît inexorablement cette empreinte carbone. Depuis 2015, ses émissions sont passées de 25,3 à 27,8 millions de tonnes d’équivalent CO2. Sur ce chiffre, les émissions directes représentent 15,4 millions de tonnes, issues principalement de ses unités d’hydrogène et de monoxyde de carbone. Les émissions indirectes (12,4 millions de tonnes en 2018) sont liées à la production d’électricité consommée, en premier lieu par ses unités de séparation des gaz de l’air, qui produisent oxygène, azote et argon, mais n’émettent pas de CO2. Pour parer à cette augmentation des émissions, le groupe s’est concocté un indicateur spécifique d’intensité carbone, mesurant le kilogramme d’équivalent CO2 par rapport à chaque euro de résultat opérationnel courant avant amortissement. Cet indicateur est la pièce centrale du premier programme public d’objectifs climat du groupe, annoncé l’an passé. L’engagement a été pris de réduire de 30 % l’intensité carbone d’ici à 2025 par rapport au niveau de 2015.

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Pour y parvenir, le groupe peut actionner trois leviers. Le premier concerne son approvisionnement en énergies renouvelables. En 2018, il avait atteint 36,3 térawattheures (TWh), dont 21 % d’électricité purement renouvelable. Air liquide s’est fixé d’augmenter cette part de 70 %, pour passer de 6 TWh en 2015 à 10 TWh par an à partir de 2025. Un contrat d’achat de 50 mégawatts d’électricité d’origine éolienne a été signé en 2018 avec NextEra Energy Resources, qui construit un vaste parc au Texas pour alimenter une bonne partie des actifs d’Air liquide dans cet État américain. Le parc sera en service à la fin 2020. Le deuxième levier concerne l’efficacité énergétique des unités de production, qu’Air liquide veut améliorer de 5 %. "Cela implique à la fois de réduire l’intensité de nos actifs industriels existants, mais aussi de viser, pour les nouveaux projets, une réduction de l’intensité carbone de l’ordre de 60 %", explique David Meneses. Les efforts passent par la modernisation des équipements et des unités, par l’implantation des meilleures technologies, mais également par l’automatisation et le pilotage à distance des installations.
Depuis janvier 2017, quatre centres d’opérations à distance dans le monde ont été lancés, d’abord à Saint-Priest (Rhône), puis à Shanghai (Chine), à Kuala Lumpur (Malaisie) et à Dubai (Émirats arabes unis). Deux autres sont en déploiement à Anvers (Belgique) et Houston (États-Unis). Ces centres, qui utilisent big data et algorithmes, permettent d’optimiser en temps réel les flux de production de chaque unité en fonction des besoins et d’affiner les réglages des équipements pour limiter les consommations d’énergie.
Air liquide veut enfin réduire de 10 % l’empreinte carbone du vrac et des bouteilles, ces volumes de gaz qui ne passent pas par des canalisations mais sont transportés par la route. Pour atteindre cet objectif, le groupe veut convertir 20 % de sa flotte mondiale de camions aux carburants alternatifs, c’est-à-dire "gaz naturel, biométhane et éventuellement hydrogène", précise David Meneses. En Europe, l’objectif est fixé à 50 %, y compris pour les camions des sous-traitants. Aujourd’hui, la zone Espagne-Portugal a déjà atteint un niveau de 25 %.
Des initiatives tous azimuts
D’autres initiatives viennent s’ajouter à ces objectifs chiffrés. Le groupe compte parmi les plus grands promoteurs de l’utilisation d’hydrogène pour les transports et investit progressivement dans la production d’hydrogène décarboné. L’hiver dernier, il a lancé la construction du plus grand électrolyseur à membrane échangeuse de protons au monde, à Bécancour, au Canada. Le biométhane, produit à partir de déchets notamment agricoles, est aussi devenu en cinq ans une véritable activité, avec une dizaine d’unités installées en France, Royaume-Uni et États-Unis. Air liquide est également impliqué dans les technologies de capture de CO2 et travaille sur plusieurs projets.
Enfin, le groupe vante ses solutions clients pour réduire leur impact sur l’environnement. Pour des transports frigorifiques plus propres, l’industriel propose de remplacer des systèmes au diesel par des solutions à base d’azote ou de CO2 liquides. Pour les sidérurgistes et les verriers, il offre des solutions d’oxycombustion, réduisant les procédés industriels, donc la consommation d’énergie. En 2018, Air liquide estime avoir évité l’émission de 15,5 millions de tonnes d’équivalent carbone, dont 4,6 millions via son efficacité industrielle et 10,9 millions du côté de ses clients.
Cryocap, solution unique de captage de CO2
Depuis 2015, Air liquide exploite une unité unique au monde de captage de CO2, sur son site de production d’hydrogène à Port-Jérôme-sur-Seine (Seine-Maritime), implanté au milieu du complexe de raffinage et pétrochimie d’ExxonMobil à Notre-Dame-de-Gravenchon. Le groupe a investi 30 millions d’euros pour ce projet, qui permet de capter par procédé cryogénique du CO2 émis lors de la production d’hydrogène. À la sortie de l’unité de reformage de méthane à la vapeur, Air liquide envoie d’un côté, par canalisation, de l’hydrogène pur à ExxonMobil et, de l’autre, récupère des gaz résiduels via Cryocap. L’unité sépare et purifie des volumes d’hydrogène – ce qui a permis, au passage, d’augmenter les capacités du site – et des volumes de CO2. Ces derniers sont repurifiés et récupérés pour obtenir du CO2 de grade alimentaire, utilisé pour les boissons gazeuses et les emballages sous vide. Liquéfié, ce CO2 est transporté par camion depuis le site, puis conditionné et commercialisé en Normandie, en Bretagne et dans le Bassin parisien. Cryocap dispose d’une capacité de 110 000 tonnes par an. Cela permet de capter et de valoriser 30 % des émissions de CO2 du site. Cette capacité correspond à la taille du marché du CO2 en aval, Air liquide pouvant, avec Cryocap, envisager de capter et valoriser jusqu’à plus de 70 % des émissions. Cette unité de Port-Jérôme est la seule au monde en activité et se pose comme une unité pilote. En plus de l’hydrogène, la technologie Cryocap peut être adaptée pour des aciéries et des centrales thermiques. Avec la multitude de projets de captage de CO2 dans le monde, Air liquide compte déployer cette technologie en France et à l’international, à court et moyen terme.



