Peut-on prétendre être une grande puissance spatiale sans capacité en matière de vol habité, que ce soit en orbite autour de la Terre ou vers l’espace lointain ? A l’occasion de la présentation du programme 2022 de l’Agence spatiale européenne (ESA) qui s’est tenue le 18 janvier, son directeur général Josef Aschbacher a déploré que l’Europe soit la seule grande puissance spatiale à être démunie dans ce domaine. Pour envoyer ses astronautes ou du fret vers la station spatiale internationale, l’Europe est en effet contrainte de faire appel aux services des lanceurs russes Soyouz ou de la fusée américaine Falcon 9 d’Elon Musk.
« Les Etats-Unis, la Russie la Chine, sont fortement présents sur ce segment », a-t-il rappelé. L’Inde va même passer devant l’Europe : son agence spatiale, l’Isro, développe son propre véhicule spatial, le Gaganyaan, qui sera bientôt capable de transporter des passagers vers l’orbite basse.
« C’est assez ahurissant si l’on songe que la capacité économique de l’Europe est comparable à celle de la Chine et des Etats-Unis, se désole le patron de l’ESA. Ces Etats disposent de leurs propres vaisseaux pour accéder à la prochaine frontière, c’est-à-dire la prochaine zone économique, soit la Lune et au-delà. » Et dans le domaine clé des lancements, l’écart s’accroît au détriment du Vieux Continent. Ainsi en 2021, la Chine a réalisé plus d’une quarantaine de lancements institutionnels, contre une vingtaine pour les Etats-Unis, et seulement une poignée pour l’Europe.
Un astronaute européen sur la Lune ?
Pourquoi l’Europe est-elle autant à la traîne en matière d’exploration spatiale et de vol habité ? « Parce que nous n’avons pas assez d’argent », lâche crûment Josef Aschbacher. Selon le dirigeant, quand la Nasa consacre l’an dernier près de 12,2 milliards d'euros à ces activités d’exploration spatiale, l’ESA ne peut mobiliser que 735 millions d’euros. Soit à peine 7% du budget américain.
Au-delà de la rivalité internationale, l’Agence spatiale américaine reste un grand partenaire de l’ESA. L’agence européenne négocie avec son homologue américaine des vols d’astronautes européens vers la prochaine station lunaire ainsi que la possibilité de faire marcher un astronaute européen sur la Lune. « Les négociations sont toujours en cours », affirme le directeur général de l’ESA.
Dans son objectif de rattraper son retard en matière de vol habité, l’Agence spatiale européenne ne baisse pas les bras pour autant. 2022 pourrait permettre de renverser la tendance. Deux grands rendez-vous sont prévus, regroupant les principaux acteurs européens du secteur spatial, le Space Summit qui aura lieu à Paris mi-février, ainsi que la conférence de l’ESA qui rassemblera en novembre les ministres des pays adhérents en charge de l’Espace. Deux occasions majeures pour l’Europe de réaffirmer ses ambitions spatiales... à condition d’y mettre le prix.



