Analyse

Lanceur réutilisable, concurrence, constellation… Comment la France accélère sa stratégie spatiale

Pour doper la compétitivité du secteur, Bercy veut bousculer les grands acteurs du spatial et les mettre en concurrence en finançant des acteurs émergents audacieux. La France veut se doter d’une stratégie dans les minilanceurs réutilisables pour mieux affronter SpaceX et les projets allemands concurrents.

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ArianeGroup Themis 2020
ArianeGroup va lancer un programme de minilanceur réutilisable et vise un premier vol en 2026.

Pour Bruno Le Maire, fini l’espace à papa. A l’occasion de son déplacement dans l’usine d’ArianeGroup de Vernon (Eure) lundi 6 décembre, le ministre de l’Economie a donné sa vision du newspace français, ou du moins la stratégie spatiale française du XXIe siècle. Et ça décoiffe. Le discours de près de 50 minutes devant les grands patrons du secteur spatial, et d’une partie des salariés de Vernon, devrait faire date dans l’histoire spatiale française, tant il marque une autocritique sévère de la précédente politique spatiale française et des principaux acteurs du domaine.

Le ministre n’a pas mâché ses mots : « Durant des décennies, on a considéré que l’espace était uniquement de la  recherche, pas forcément appliquée. Que cela appartenait uniquement au monde de la science et pas au monde de l’industrie, de la compétitivité et du financement. Je crois que cette erreur-là, nous l’avons payée très cher au cours des dernières années. » De quoi expliquer selon lui, le virage raté des lanceurs réutilisables, auxquels la France n’a pas cru.

Le patron de Bercy veut faire table rase du passé et mettre en place une nouvelle méthode. Tous les grands acteurs du domaine, le Cnes en tête, mais également ArianeGroup et sa filiale commerciale, en ont pris pour leur grade. « Il est temps de tourner la page d‘une méthode trop institutionnelle, trop administrative qui ne donnait pas les résultats attendus. Plus de monopole, mais de la concurrence. Plus d’institutionnalisation des décisions, mais de la compétitivité. La politique spatiale française doit s’appuyer sur une concurrence et une coopération plus étroite entre les grands industriels, les PME et les start-up », a insisté le ministre.

Et de souhaiter la bienvenue à de nouveaux acteurs tricolores des microlanceurs comme Venture Orbital Systems ou encore Strato Space Systems… Pour rattraper le terrain perdu face aux acteurs russes, chinois et américains, Bruno Le Maire a annoncé quatre décisions stratégiques. Ces développements seront financés par les crédits du plan France Relance qui prévoit 1,5 milliard d’euros pour le secteur spatial entre 2022 et 2026.

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1. Offensive sur le segment des minilanceurs

Bercy va soutenir le projet franco-français de minilanceur réutilisable d’ArianeGroup. Le premier vol est prévu en 2026. Le projet sera porté par les équipes de Vernon. Une équipe d’une centaine de personnes sera en charge de son industrialisation. Le lanceur pourrait être motorisé par le moteur à bas coût et réutilisable Prometheus en cours de développement à Vernon, et dont ArianeGroup détient la propriété intellectuelle.

Par ailleurs, Bercy souhaite plus de concurrence franco-française sur ce segment. A cette fin, il lancera un appel d’offres d’ici la fin de l’année sur les projets de mini et microlanceurs réutilisables. L’Etat promet un soutien financier, technique et même des commandes pour les projets retenus. Enfin, Bercy a annoncé un soutien de 80 millions au centre spatial guyanais pour adapter un pas de tir aux besoins spécifiques des microlanceurs.

Cette offensive tricolore a clairement deux cibles. D’une part, s’attaquer au monopole de SpaceX sur la technologie des lanceurs réutilisables. D’autre part, ne pas laisser le marché des microlanceurs aux seuls industriels allemands qui ont pris un temps d’avance avec deux groupes en pointe, OHB et la société Isar Aerospace.

2. Bousculer les grands groupes en favorisant la concurrence

En premier lieu, le Cnes, l’industriel ArianeGroup, et sa filiale commerciale Arainespace. Selon Bruno Le Maire, le secteur spatial n’a pas joué la carte de la concurrence, de la prise de risque au cours des dernières années. « Nous allons écrire une nouvelle page de l’histoire spatiale française sur la base de nouvelle technologies, de nouvelles méthodes avec plus de concurrence entre les acteurs, plus de compétition… Une nouvelle page qui ne va pas s’écrire pas uniquement avec les grands acteurs, aussi prestigieux soient-ils, le Cnes, ArianeGroup, Arianespace… Mais qui va s’écrire aussi avec des start-up, des PME, des jeunes qui rivalisent d’audace et d’ingéniosité », a souligné le ministre. Cela passe par le soutien affirmé aux entreprises innovantes. Ainsi Bercy compter flécher deux-tiers des financements dédiés au secteur spatial du plan France Relance vers ces nouveaux acteurs.

3. Accélérer dans les constellations de minisatellites

Le ministre de l’Economie a rappelé que la France soutiendrait le projet de constellation souveraine annoncé par la Commission européenne. Il souhaite également que les projets français déjà lancés accélèrent leur déploiement. Il a cité notamment la constellation de la start-up Unseenlabs. Cette PME rennaise ambitionne de déployer une vingtaine de microsatellites afin d’apporter des services de surveillance maritime. Même s’il ne l’a pas été mentionné, l’autre projet de constellation tricolore Kineis pourrait également bénéficier d’un soutien. Soutenu par le Cnes, ce projet vise à apporter des services de connectivité permettant de relier des machines entre elles, notamment pour des opérations de maintenance.

4. Miser sur les nouveaux usages du secteur spatial

Parmi ces nouveaux services : opérations de ravitaillement et de déplacement de satellites en orbite, surveillance de l’espace pour localiser les débris et les satellites, valorisation des données collectées depuis l’espace… « Nos entreprises doivent être à la pointe de ces nouveaux usages pour prendre de nouveaux marché à l’international », ambitionne le ministre, tout en précisant que des investissements seront aussi réalisés dans ces domaines. Un sacré programme.

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