La guerre en Ukraine, assortie du désengagement des États-Unis dans la défense de l’Europe, incitent les pays membres de l’UE à relancer leur industrie militaire. La France ne fait pas exception : le président Emmanuel Macron a appelé, dès 2022, au renforcement du secteur de la défense, notamment en augmentant les capacités de production de la base industrielle et technologique de défense (BITD).
La BITD regroupe, selon la définition de la Direction générale de l’armement (DGA), «l’ensemble des entreprises de défense qui contribuent à concevoir et à produire les équipements pour les armées». Elle repose sur neuf grands groupes industriels d’envergure européenne ou internationale – Airbus Defence and Space, Ariane Group, Arquus, Dassault Aviation, MBDA, Naval Group, Nexter, Safran, Thales. Elle est complétée par un réseau de 4500 entreprises (start-ups, PME et ETI), dont 1000 sont considérées comme «stratégiques» par la DGA. Au total, la BITD concentre 220000 emplois directs et indirects, et génère un chiffre d'affaires (CA) de 30 milliards d’euros par an. La France est par ailleurs le 3e exportateur mondial de matériel de défense, derrière les États-Unis et la Russie, avec 11,7 milliards d’euros de prises de commandes en 2022.
Les entreprises qui la composent présentent une grande hétérogénéité, à la fois de taille (en CA ou en nombre d’employés), mais aussi d’activités et de finalités. Airbus et Safran, par exemple, réalisent une grande partie de leur CA sur les marchés civils, alors que d’autres acteurs, comme Nexter ou MBDA, sont exclusivement tournés vers l’armement.
Une situation financière délicate
Malgré le contexte actuel porteur pour la défense, la situation financière des entreprises de la BITD reste fragile, surtout pour les PME. Une analyse de l’Observatoire économique de la défense montre même qu’avant la guerre en Ukraine, les entreprises de la BITD avaient une structure financière et économique plus fragile que leurs homologues dans le reste de l’économie. Sont mises en avant des difficultés de financement en raison d’une faible présence des fonds d’investissement dans le secteur de la défense, une moindre rentabilité et un niveau d’endettement élevé.
Ce contexte rend dès lors plus difficile la montée en cadence de la production voulue par le gouvernement. Pour faire face, les ministères des Armées et de l’Économie espèrent entre autres mobiliser des financements privés et publics. La hausse des budgets européens de défense ainsi que plusieurs initiatives publiques (création du Fonds innovation défense, assouplissement des règles de financement de la Banque européenne d’investissement), ont toutefois pu améliorer leur santé financière du fait du potentiel de croissance élevé.
Et en Europe ?
L’Europe compte, elle aussi, sur une base industrielle et technologique de défense européenne (BITDE), pour garantir sa souveraineté dans le domaine de la défense. La BITDE rassemble 12 grands groupes européens, parmi lesquels figurent six groupes français de la BITD. À l'échelle de l'Union européenne (UE), l'Agence européenne de défense (AED) est chargée de renforcer la BITDE et de créer un marché européen des équipements de défense compétitif à l'international, au travers de la première stratégie industrielle de défense européenne, présentée en mars 2024.



