Nouveau rebondissement dans le dossier de la centrale électrique du Larivot. La cour administrative d'appel de Bordeaux (Gironde) a suspendu le 7 octobre l'exécution de l'annulation du permis de construire accordé en 2020 à EDF pour cette centrale censée être installée en bord de mer à Larivot, près de Cayenne (Guyane). Dans son délibéré, elle estime que le groupe français a soumis à l'enquête publique une étude d'impact environnementale « exposant et analysant les différentes alternatives possibles» de sites pour la construction de la centrale. Elle juge également que le « site d'implantation du projet ne fait pas partie des espaces naturels remarquables du littoral et que l'emprise de ce projet n'aura pas d'impact sur la mangrove».
Le 18 juillet, le tribunal administratif de Guyane avait pourtant annulé ce permis de construire, considérant qu'il méconnaissait « les dispositions du code de l’urbanisme» et que l’étude d’impact environnemental réalisée par l'électricien français était «entachée d’insuffisances substantielles». Cette décision découlait des recours déposés par Guyane Nature Environnement et France Nature Environnement, qui s’insurgent contre ce projet imaginé dès 2017. Le tribunal avait toutefois rejeté d’autres requêtes, formulées par les deux associations et une habitante de Rémire-Montjoly, demandant l’annulation des arrêtés préfectoraux concernant la construction d’une canalisation de transport de combustible sur 14 kilomètres entre le port de Dégrad-des-Cannes et la centrale du Larivot.
Face à cette nouvelle péripétie, les associations ont exprimé leur déception mais assurent que la bataille n'est pas terminée, les décisions sur le fond devant se dérouler début 2023. EDF Guyane s'est de son côté montré nettement plus enthousiaste face à la nouvelle, qu'il considère comme « un pas de plus vers la reprise des travaux».
Une bataille judiciaire de longue haleine
Ce projet a de nombreuses fois été débattu devant la justice administrative au cours des dernières années. La construction d’une centrale hybride fioul gaz avait d’abord été actée en mars 2017 dans la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE) pilotée par l’Etat et la Collectivité territoriale de Guyane. Son exploitation avait ensuite été autorisée par le ministère de la Transition écologique en juin 2017. Mais de multiples recours en justice de la part de l'opposition écologiste sont venus contrecarrer les plans du gouvernement et d’EDF Production Électrique Insulaire, filiale de l'énergéticien pour les territoires non-interconnectés au réseau métropolitain continental, forcés de revoir leur copie fin 2020.
La centrale d’une puissance de 120 MW doit finalement être alimentée à 100% en biomasse liquide, une solution davantage en adéquation avec les objectifs fixés dans la loi, qui prévoit 100% d'énergies issues du renouvelable en 2030. Le gouvernement continue de pousser ce projet de centrale, qu’il juge « essentiel à la sécurité de l’approvisionnement en électricité en Guyane en raison du vieillissement de la centrale thermique existante de Dégrad-des-Cannes », dont l'arrêt est prévu le 31 décembre 2023. Cette installation fournit près de 40% de l’électricité du territoire ultra-marin. D’où le projet du Larivot, « complémentaire des autres projets de centrales solaires ou à biomasse solide, qui poursuivent leur développement en Guyane ».



