Le gouvernement allemand ne laissera pas tomber Siemens Energy, deuxième fabricant mondial d’éoliennes qui accuse une perte nette de 4,59 milliards d'euros sur son exercice 2022/2023. Le groupe allemand, entré en Bourse en 2020, bénéficiera d’un plan de soutien de 15 milliards d’euros. Dans le détail, plusieurs banques privées accorderont des garanties de 12 milliards d'euros, sur lesquelles le gouvernement fédéral assumera une garantie de 7,5 milliards d'euros. Les 3,5 milliards d’euros restants seront couverts par un consortium de banques et d’actionnaires dont Siemens, qui détient encore 25% de Siemens Energy.
Pendant la durée de la garantie, ce dernier, qui emploie 26 000 personnes, ne pourra pas distribuer de dividendes aux actionnaires, ni de bonus au directoire. Parallèlement, l’entreprise, qui avait provisionné en août 1,6 milliard d'euros pour renflouer sa branche éolienne, cédera 18% de ses parts dans la société indienne Siemens Limited à son ancienne maison-mère, pour un prix de vente d’environ 2,1 milliards d'euros.
L'objectif : continuer à financer les projets en cours
Toutes ces mesures devraient lui permettre de continuer à financer ses grands projets de construction de parcs éoliens onshore et offshore. En effet, malgré ses 112 milliards d'euros de commandes engrangés en 2022, la société a de plus en plus de difficultés à obtenir auprès des banques les prêts nécessaires en raison de plusieurs déboires.
Le premier est d’ordre conjoncturel et touche l’ensemble du secteur de l’éolien, en raison de la flambée des coûts des matériaux de construction, en particulier l’aluminium et l’acier, depuis le début de la guerre en Ukraine. De fait, les contrats à prix fixes signés avant cette période et encore non construits en raison des délais de concertation et de développement très longs coûteraient en moyenne un tiers de plus et ne seraient aujourd’hui plus rentables.

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Réduction des coûts et accélération de la productivité
Mais les principales pertes proviennent des problèmes de sa filiale espagnole, Siemens Gamesa, qui fabrique les turbines des éoliennes. Des composants défectueux, entraînant notamment des «comportements vibratoires inhabituels» au niveau des roulements et des pales de rotor, ont été détectés sur de nombreux parcs installés et ont contraint de stopper la production de certains modèles, comme la plateforme 4X et la récente nacelle 5X. Dans ce contexte, le gouvernement espagnol a fait savoir le 15 novembre qu'il travaillait aussi sur des garanties bancaires pour assurer les nouveaux projets Siemens Gamesa à l'étranger.
«Tous les regards doivent désormais se porter sur la réduction des coûts, la sélectivité et l'accélération de la productivité, tout en continuant à travailler sur l'assainissement, afin que le seuil de rentabilité revienne pour l'exercice 2026», a assuré Christian Bruch, le PDG de Siemens Energy, qui a enregistré un chiffre d'affaires de 31 milliards d'euros et dont les autres activités – matériels pour la génération d’électricité, prestations de services énergétiques et transport – restent saines.
L'Etat allemand en sauveteur
Ce renflouement illustre également le poids croissant que prend l’Etat dans le sauvetage de certaines entités jugées stratégiques, à l’image de Lufthansa pendant la pandémie de Coronavirus ou d’Uniper avec la crise du gaz. Selon la Commission européenne, près de 50% des aides d'État autorisées en 2022 en Europe ont ainsi été notifiées par l'Allemagne. Alors que le pays mise majoritairement sur les énergies renouvelables après la fin du nucléaire et l’arrêt programmé du charbon en 2030 (au plus tard en 2038), le secteur de la transition énergétique semble aujourd’hui faire partie de ces savoir-faire technologiques indispensables.
Un virage vu de manière contrastée en Allemagne. Marcel Fratzscher, directeur de l'Institut allemand de recherche économique (DIW), estime ainsi que «ce ne serait pas l'Etat, mais à Siemens AG, en tant qu’actionnaire principal, d’assumer la majorité des garanties pour Siemens Energy». A l’inverse, Achim Wambach, président du Centre de recherche économique européen (ZEW), rappelle «que les entreprises sur le sol allemand paient un impôt sur les sociétés plus élevé en Allemagne que dans d’autres pays. Elles participent donc en partie à ces aides et devraient pouvoir bénéficier de la dette publique allemande relativement faible».



