L'aéronautique abattu, l'État prend les commandes

L’aéronautique, l'un des principaux contributeurs à la balance commerciale française, à la croissance jalousée, semble en perdition. À tel point que l’État se voit contraint, après l’automobile, de voler à son secours en dégainant un plan censé lui permettre de limiter la casse.

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L’Association internationale du transport aérien ne prévoit pas un retour à la normale du trafic avant 2023.

Mayday ! Mayday ! Mayday ! Secteur stratégique en détresse ! L’aéronautique bat de l’aile. L’un des principaux contributeurs à la balance commerciale française, à la croissance jalousée, semble en perdition. À tel point que l’État se voit contraint, après l’automobile, de voler à son secours en dégainant un plan censé lui permettre de limiter la casse. L’arrêt quasi complet du trafic aérien et son lent rétablissement annoncé provoquent une chute brutale et durable de la demande d’avions. L’Association internationale du transport aérien ne prévoit pas un retour à la normale du trafic avant 2023. Jamais dans son histoire le secteur n’a fait face à une crise si aiguë et si longue.

Préserver les compétences…

Il y a trois mois, encore, toute la chaîne d’approvisionnement se battait pour tenir les cadences de production impulsées par les avionneurs et investissait en conséquence. Trois mois de pandémie plus tard, le plan de soutien du gouvernement cherche à limiter les faillites et les plans sociaux... Les témoignages recueillis ces derniers jours convergent : ils évoquent une baisse de l’activité qui pourrait être comprise entre 30 et 40 %, et ce, sur une période de deux ans.

Comment l’État compte soutenir ce secteur paralysé ? Dans le courant du printemps, une cellule de crise a assuré le dialogue entre les différentes parties prenantes et chercher à aboutir à un consensus. L’annonce du plan de soutien plusieurs fois repoussée témoigne de la complexité des tractations. Cette cellule, pilotée par Didier Evrard, ancien directeur des programmes d’Airbus, assure la concertation entre le Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas), l’Élysée, Matignon, le ministère de l’Économie, ainsi que les représentants des équipementiers, des PME, sans oublier ceux des quatre grands donneurs d’ordre présents en France (Airbus, Dassault, Safran et Thales). Un pilotage qui s’appuie également sur le cabinet de conseil en stratégie EY. Le ministère des Armées est de la partie pour soutenir les acteurs de la défense, qui pourraient bénéficier de plusieurs anticipations de commandes. Un groupe de travail qui s’est ingénié à cartographier les centaines d’acteurs de la filière aéronautique pour en déterminer les points chauds. En mai, Éric Trappier, le patron du Gifas et PDG de Dassault Aviation, évoquait déjà "plusieurs dizaines" de sociétés en grandes difficultés.

"Le premier objectif de l’État à court terme est d’éviter que des entreprises en situation de faiblesse ne soient la proie d’acteurs américains et chinois", confie sous couvert d’anonymat un dirigeant du secteur. À moyen terme, l’enjeu est d’éviter les faillites d’entreprises qui pourraient mettre à mal l’ensemble de la filière, notamment au moment de la reprise.

Des risques de pertes de compétences stratégiques qui nécessitent, au-delà des prêts garantis par l’État, la mise en place d’un outil financier de choc. Son nom ? Aerofund IV, un fonds d’investissement mêlant partenaires publics (Bpifrance) et privés, en particulier les quatre grands donneurs d’ordres tricolores. Alors que les précédents fonds n’avaient pas excédé les 200 millions d’euros, le Gifas plaide cette fois pour un montant de l’ordre du milliard d’euros, permettant des opérations de recapitalisation et de consolidation.

… et réduire l’empreinte carbone

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Le plan de l’État vise également le long terme et, à l’instar du secteur automobile, entend pousser le secteur à réduire son empreinte carbone. D’où l’aide à destination des grands projets de R & D, chapeautés par le Corac, le Conseil pour la recherche aéronautique civile. "Il s’agit à la fois de favoriser une aviation décarbonée mais aussi d’accélérer la digitalisation de certains acteurs", fait savoir un industriel. C’est la lueur d’espoir dans ce ciel obscurcit : la possibilité de faire émerger à l’issue de cette crise un secteur à la fois plus vertueux et plus compétitif.

La filière en chiffres

65,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2019, dont 44 milliards d’euros à l’exportation

350 000 emplois directs, dont 195 000 emplois affiliés au Gifas, dont 30 % en Ile-de-France, 27 % en Occitanie et 10 % en Nouvelle-Aquitaine

15 000 recrutements en 2019

7 300 contrats d’alternance au 1er janvier 2019

Plus de 400 entreprises membres du Gifas

 

Les poids lourds tricolores

Airbus

135 000 salariés (dont 26 000 en France)

Thales

83 000 salariés (dont 41 500 en France)

Safran

95 000 salariés (dont 45 000 en France)

Dassault

12 700 salariés (dont 9 600 en France)

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