L’activité du secteur privé français enregistre un coup de frein inédit depuis novembre 2020

Publiée lundi 24 juillet, une étude du fournisseur de données S&P confirme le ralentissement de l’activité dans le secteur privé en France, avec un plus bas atteint depuis novembre 2020. Avec le resserrement du crédit et le tassement des carnets de commandes observé dans les TPE et PME, la rentrée s’annonce déjà pleine de défis pour les entreprises.

Réservé aux abonnés
Ouvrier Soudure
L'activité de la production manufacturière connaît un repli plus important que celle des services en juillet.

A l’aube de la décision de la Banque centrale européenne qui sera rendue jeudi 27 juillet, les analystes anticipent une poursuite de la hausse des taux directeurs, de 25 points de base selon la plateforme d’investissement IG France. Mais les spéculations pourraient désormais aller bon train sur un pic prochain de ces taux directeurs, car la conjoncture économique s’assombrit dans la zone euro et en particulier en France.

C’est en tout cas ce qui ressort d’une étude aux données provisoires réalisée dans le courant du mois auprès de 750 entreprises industrielles et des services françaises et publiée lundi 24 juillet par le fournisseur de données S&P Global. Cette enquête baptisée « PMI » (pour Purchasing managers’ index, ou indice des directeurs des achats) permet de jauger le niveau d’activité des entreprises privées, principalement via un indicateur d’activité globale. Celui-ci est qualifié de composite car il prend en compte la production manufacturière et les services. La prise en compte de la production manufacturière s’appuie sur cette question : « Le niveau de la production dans votre entreprise est-il en augmentation, sans changement ou en diminution par rapport au mois dernier ? »

Mauvais signal

L’étude dénote une « détérioration continue de la conjoncture économique française ». En juillet, l’indice de l’activité globale du secteur privé a de fait reculé à 46,6, au plus bas depuis novembre 2020. Il s’agit d’un quatrième mois consécutif de repli et d’un deuxième mois consécutif sous la barre du 50, le seuil qui sépare la contraction de l’activité de la croissance. La situation est donc celle d’un « ralentissement sensible de l’économie », dixit Norman Liebke, un économiste de la banque Hamburg Commercial Bank cité dans l’étude.

Selon S&P Global, la production manufacturière a par ailleurs reculé « à un rythme nettement plus marqué que l’activité des prestataires de services » en juillet, avec des fabricants qui attribuent généralement la baisse des niveaux de production à l’affaiblissement de la demande. Le volume des nouveaux contrats dans le secteur privé français a ainsi diminué pour le troisième mois d’affilée en juillet. Reste que les entreprises tricolores ont malgré tout renforcé leurs effectifs selon l’étude, « prolongeant ainsi la période de croissance de l’emploi amorcée il y a plus de deux ans et demi ».

Une croissance moyenne de 1% dans les TPE-PME cette année

Ce décalage entre le ralentissement de l’activité d’une part et les perspectives d’embauches de l'autre apparaissait déjà dans l’enquête de conjoncture semestrielle de Bpifrance sur les TPE et PME publiée début juillet. Dans cette étude menée auprès de 5 000 entreprises, seulement un tiers des chefs d’entreprise anticipaient une hausse de leur chiffre d’affaires en 2023 et 21% une baisse, ce qui correspond à un solde d’opinion sur le niveau d’activité inférieur à la moyenne de long terme. « Les carnets de commandes se sont tassés au premier semestre et les chefs d’entreprise ne s’attendent globalement pas à ce qu’ils se redressent d’ici la fin de l’année », constatait Laetitia Morin, économiste chez Bpifrance, lors de la présentation de l’étude.

En moyenne, les dirigeants de TPE et PME tablent sur une croissance de leur chiffre d’affaires de 1% cette année, soit un très net ralentissement par rapport aux 6% évoqués l’an passé.

Coup de froid sur les demandes de prêts par les entreprises dans la zone euro

Le constat est sans appel. La demande de prêts par les entreprises de la zone euro a fortement décru au deuxième trimestre, selon l’enquête trimestrielle de la Banque centrale européenne (BCE) sur les prêts bancaires publiée mardi 25 juillet et réalisée entre juin et juillet auprès de 158 banques. La proportion de banques rapportant une baisse de la demande de prêts a été bien supérieure à celle des banques rapportant une hausse, au point d’atteindre la demande nette la plus basse depuis le début de l’étude de la BCE en 2003. L’effet est plus marqué pour les PME que pour les grandes entreprises et les prêts à long terme sont davantage affectés. La hausse des taux d’intérêt et le déclin de l’investissement sont les principaux moteurs de cette baisse de la demande, suivis des besoins en financement moins importants lors des fusions-acquisitions.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.