La publication n’a rien d’exceptionnel mais ses conclusions sortent de l’ordinaire. Chaque trimestre, la Banque centrale européenne (BCE) publie son étude sur les prêts bancaires dans la zone euro qui comprend 20 des 27 Etats membres de l’Union européenne (UE). Sa dernière édition, publiée mardi 2 mai et menée entre fin mars et début avril auprès de 158 banques, témoigne d’un fort raidissement de l’accès au financement pour les entreprises.
Le bureau des statistiques de l’UE, Eurostat, a dévoilé dans le même temps une baisse du niveau de l’inflation hors alimentation, énergie, alcool et tabac de 5,7% sur un an dans la zone euro en mars à 5,6% en avril, une première depuis de longs mois. Ces tendances accréditent la thèse selon laquelle la politique monétaire plus restrictive de la BCE «est en train d’avoir un impact sur l’économie réelle», estiment ainsi deux économistes du gestionnaire de fortunes Pictet Wealth Management dans une analyse écrite à chaud.
Les prêts à long terme davantage affectés
Au premier trimestre 2023, le pourcentage de banques rapportant un resserrement de leurs conditions d’octroi de prêts et de lignes de crédit a de fait été bien plus important que le pourcentage de banques indiquant leur assouplissement, pour un pourcentage net de 27% en zone euro selon la BCE. Un tel niveau avait déjà été observé au dernier trimestre 2022, mais cette fois-ci il a été supérieur à ce qui était anticipé par les banques. De quoi laisser poindre un ralentissement de la dynamique des prêts dans la durée. L’ampleur du raidissement des conditions de crédit lors des deux derniers trimestres est «le plus important jamais observé depuis la crise des dettes souveraines» dixit la BCE, où un pourcentage net de 35% avait été enregistré au quatrième trimestre 2011. Le durcissement est d’ailleurs particulièrement marqué en France par rapport aux pays voisins comme l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne.
Pour les banques, l’explication de ce durcissement des conditions de crédit est à trouver principalement du côté de la conjoncture économique ou des situations spécifiques à une industrie ou à une entreprise. Dans une moindre mesure, leur tolérance au risque, en recul dans une période difficile pour plusieurs établissements bancaires ces dernières semaines, a aussi eu un impact négatif. En tout cas, le resserrement touche autant les PME que les plus grandes entreprises. Les prêts de long terme sont en revanche plus affectés que ceux de court terme.
Une demande équivalente à celle de 2008
La situation est d’autant plus remarquable que la demande pour des prêts a fortement décru sur les trois premiers mois de l’année selon le constat des banques. La demande nette s’est établie à -38% après -12% au dernier trimestre 2022, or «une demande nette négative indique qu’une plus grande proportion de banques ont rapporté une baisse de la demande de prêts», précise l’étude. Il s’agit de la plus forte décrue observée par la BCE depuis le quatrième trimestre 2008, alors que ce trimestre représentait un plus bas lors de la crise financière mondiale. La hausse des taux pèse lourd pour expliquer cette baisse, mais les besoins moindres de financement des entreprises pour leurs investissements également.
Malgré cette décrue, les banques ont par ailleurs fait part d’une augmentation de la part des refus de demandes de prêts : il s’agit d’un plus haut depuis que la question a été posée pour la première fois en 2015 pour ce qui est des entreprises. La France a connu une forte hausse sur ce sujet au premier trimestre.
En tenant compte de cette situation, Pictet Wealth Management s’attend à une hausse des taux directeurs de la BCE de 25 points de base ce jeudi 4 mai. Lors de la dernière hausse de ces taux en mars, l’augmentation avait été de 50 points de base.



