Etude

Le coût de financement devient un obstacle majeur à l’investissement aux yeux des patrons de TPE et PME

Avec la remontée des taux d’intérêt, les dirigeants de TPE-PME considèrent le coût du crédit comme un frein important à l’investissement, selon une étude Bpifrance. Celle-ci ne se montre pas alarmiste pour autant sur le niveau des investissements pour 2023, même s’il reste en retrait par rapport à 2019.

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Société Générale
Selon le directeur des études de Bpifrance, les banques jouent encore le jeu du financement des TPE-PME.

Mi-juin, la Banque centrale européenne a augmenté ses taux directeurs de 25 points de base, portant le taux directeur principal à 4%. Et les économistes anticipent déjà une poursuite de cette hausse des taux. Dans ce contexte, le financement externe se tend pour les très petites, les petites et les moyennes entreprises (TPE-PME). «Nous sommes passés d’une situation avec des taux d’intérêt du crédit bancaire de 1,5% environ il y a un an, à des taux qui vont au-delà de 4% aujourd’hui pour ces entreprises», a rappelé jeudi 6 juillet Sabrina El Kasmi, la responsable du pôle macroéconomie de Bpifrance. La banque publique présentait à la presse son enquête de conjoncture semestrielle réalisée entre le 11 mai et le 12 juin auprès de 5 000 TPE et PME.

Cela explique l’un des enseignements majeurs de l’étude : le coût du crédit devient l’obstacle à l’investissement le plus important aux yeux des patrons de TPE et PME tous secteurs confondus. Près d’un dirigeant sur deux (48%) cite cet élément comme important, voire insurmontable, parmi les freins à l’investissement. «Cet élément se positionne de fait à égalité avec la faiblesse de la demande qui est structurellement mentionnée en premier pour les obstacles à l’investissement», indique Sabrina El Kasmi. En novembre 2022, seuls 34% des dirigeants s’inquiétaient du coût des prêts. C’était même moins de 20% en mai 2022, tandis que la moyenne de la décennie 2010 est autour de 15%.

"Les banques sont toujours dans de bonnes dispositions"

La nouvelle donne «conditionne la demande de crédits d’investissement par les entreprises», estime Philippe Mutricy, le directeur des études de Bpifrance. «Avant d’aller voir sa banque, un chef d’entreprise regarde si son projet d’investissement est suffisamment rentable pour lui permettre de rembourser son crédit tout en dégageant du résultat, a poursuivi Philippe Mutricy. Des projets qui étaient rentables avec des taux d’intérêt à 2% ne le sont plus forcément à 4%.»

Si la précision est utile, c’est parce les TPE-PME jugent par ailleurs plutôt souples les conditions d’accès au crédit, c’est-à-dire l’attitude des banques par rapport à leurs demandes de prêts. «Les banques sont toujours dans de bonnes dispositions pour accorder des crédits aux entreprises jusqu’à ce jour», assure Philippe Mutricy. 11% des TPE-PME considèrent que l’accès au crédit d’investissement est plutôt difficile, en légère augmentation depuis 2021 mais à un niveau similaire à 2019, avant la crise Covid.

In fine, la proportion de TPE-PME ayant investi ou souhaitant le faire d’ici la fin de l’année reste stable par rapport à 2022, à 45%. Elle est toutefois inférieure au niveau d’avant la crise sanitaire et les montants investis pourraient également ralentir légèrement par rapport à l’an passé en 2023.

Ralentissement général

Cette résistance relative des investissements s’explique peut-être en partie par le jugement des patrons sur la situation de leur trésorerie. Celui-ci s’effrite après les niveaux élevés de trésorerie atteints en 2021 mais reste au-dessus de sa moyenne de long terme. Un quart des TPE-PME trouvent leur situation de trésorerie difficile, 15% aisée et 60% normale. «Il y a une part d’autofinancement dans n’importe quel investissement», rappelle Baptiste Thornary, le chef économiste de Bpifrance.

Au global, l’enquête de Bpifrance fait état d’un ralentissement de l’activité des TPE-PME et d’un tassement des commandes. «Elle confirme un décalage entre la baisse du rythme de l’activité et la vitesse d’ajustement de l’emploi», ajoute Philippe Mutricy. Dernier enseignement : près de 60% des TPE-PME ont mis en place des actions de sobriété énergétique en 2022 et même 67% dans l’industrie. Parmi ces entreprises, plus de 90% envisagent de pérenniser la plupart ou l’ensemble des mesures prises.

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