C’est un gros chèque, assurément, mais seulement un premier acompte de la marée de dollars qui porte la voiture électrique américaine. Le 31 janvier, General Motors, non content de savourer 2 milliards de dollars de profits au quatrième trimestre 2022 et des ventes en hausse de 30% en un an - malgré le bond des taux d’intérêts et la pénurie de semi-conducteurs - a rappelé sa foi dans un avenir sans carbone, en annonçant un investissement de 650 millions de dollars dans la compagnie minière canadienne Lithium Americas, premier producteur nord-américain d’un métal indispensable aux batteries de voitures électriques.
Ce deal colossal lui offre instantanément, via un partenariat, la main mise sur la plus importante mine de lithium des Etats-Unis, celle de Thacker Pass, au Nevada, et l’assurance, à partir de 2026, d’approvisionnements stables en matières premières pour les giga-usines de batteries du groupe qui, après celle d’Ohio mise en route en août 2022, ouvriront en 2023 et 2024 dans le Tennessee et le Michigan.
General Motors entend produire 400 000 voitures électriques par an jusqu’en 2024. Thacker Pass lui fournirait ensuite assez de lithium pour maintenir une cadence annuelle d’un million de voitures, toutes assurées, compte tenu de l’origine américaine de ce composant, de bénéficier entièrement d’un avantage fiscal de 7500 dollars prévu par la nouvelle loi Inflation reduction Act votée par le Congrès en août 2022.
Les Etats-Unis dans les starting-blocks sur l'électrique
Avant même l’entrée en vigueur de ce new deal vert, l’un des plus spectaculaires plans de politique industrielle de l’histoire américaine, les grandes manœuvres ont commencé. Alors que Volkswagen, Hyundai et Kia se préparent à monter plusieurs modèles phares aux Etats-Unis, Ford casse ses prix, et Tesla vient d’annoncer un rabais de 20% sur ses modèles dans l’espoir de maintenir son statut de leader du marché.
General Motors dit récuser la guerre des prix et préférer miser des aujourd’hui sur la disponibilité de sa prochaine gamme de 30 modèles électriques chez les concessionnaires en consolidant sa chaîne d’approvisionnement. Interrogé le 31 janvier par Bloomberg TV sur les incertitudes politiques et industrielles palpables en Chine, principal exportateur de composants pour batteries, Paul Jacobson, directeur financier du géant américain, a donné l’argument de la «diversité géographique» des approvisionnements essentiels de GM.
L’investissement dans Lithium Americas fait suite à un protocole d’accord signé en décembre avec l’Allemand Vacuumschmelze, spécialiste des aimants à base de terre rare, pour une possible unité de production américaine destinée dès 2025, aux moteurs électriques de General Motors. Entre autres contrats, General Motors s’est aussi rapproché en 2022 de MP Materials pour d’autres types d’aimants de terres rares extraites d’une mine californienne ; du Suisse Glencore pour des livraisons de cobalt, de l’entreprise minière australienne Queensland Pacific Metals pour le nickel, de Posco Chemical au Québec pour la construction d’une usine de cathodes d’un demi-milliard de dollars, et de Livent, à Philadelphie, qui assurera pendant six ans l’approvisionnement de ses batteries en hydroxyde de lithium à partir de 2025.
Ruée attendue de l’industrie automobile sur les mines
Simon Moores, patron de Benchmark Mineral Intelligence, un analyste spécialisé dans les chaînes d’approvisionnements des batteries, voit dans l’investissement de GM dans Lithium Americas l’annonce d’une prochaine ruée des constructeurs automobiles sur le secteur minier. «Le lithium et le nickel les terrorisent, raconte-t-il sur la chaîne CNBC. Ils savent tous maintenant que pour rester dans la course et continuer à fabriquer des voitures électriques dans les prochaines vingt années, ils doivent assurer leur accès au lithium, en devenant propriétaires ou détenteurs d’une participation de contrôle sur cette ressource.»
Pas si simple pourtant. Selon Moores, les majors de l’automobile découvrent qu’il est plus simple de monter en deux ans de nouvelles méga-usines de batteries flambant neuves, que d’assurer l’extraction à grande échelle de ces minerais. «La montée en puissance d’une mine de lithium peut exiger dix ans de travail et d’investissements successifs, assure-t-il. Sans compter la production des dérivés chimiques comme le carbonate d’hydroxyde de lithium ou les sulfates de nickel indispensables à l’industrie. On parle de long terme.» Et de milliards de dollars.



