Enquête

Comment Paris fait la chasse au plastique à usage unique pour les JO 2024

Pour réduire les plastiques à usage unique, l’organisation des jeux Olympiques et Paralympiques Paris 2024 a mis la pression sur les industriels.

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La Mairie de Paris veut faire des JO 2024 un levier pour interdire le plastique à usage unique dans tous les événements sportifs, comme les courses.

La 33e édition des jeux Olympiques et Paralympiques (JOP) qui se déroulera en France à l'été 2024 apportera son lot d’exploits, de rires et de larmes… Mais s’accompagnera aussi de millions de gobelets, de bouteilles, de contenants de restauration, de suremballages logistiques, de packaging de souvenirs, une foule d’objets traditionnellement utilisés dans l’événementiel, qui adore le plastique. Le Comité d'organisation des jeux Olympiques et Paralympiques (Cojop) veut en réduire l’empreinte et montrer l’exemple. Au départ, l’organisation comptait sur la créativité des entreprises impliquées à ses côtés pour réussir la trajectoire zéro déchet et zéro plastique à usage unique. À quelques mois du début des épreuves, l’ambition est plus modeste.

Avec ses partenaires et sponsors, elle s’est finalement engagée à réduire de 50 % le poids des emballages à usage unique dans la restauration et les boissons par rapport aux jeux de Londres. «C’est un objectif qu’on s’est donné et qu’on pense être en mesure de respecter», estime Georgina Grenon, la directrice de l’excellence environnementale Paris 2024. L’idée est de marquer les esprits. «On essaie de faire les jeux les plus circulaires possibles. On supprime dès qu’on peut, on substitue, et quand ce n’est pas possible, on allonge la durée de vie avec des solutions de réemploi», fait valoir Caroline Louis, la responsable de l’économie circulaire Paris 2024.

Changer les comportements

Pour atteindre son but, le Cojop s’appuie sur son partenaire officiel, Coca-Cola. Le géant américain, l’un des plus grands consommateurs de plastique de la planète, a accepté de revoir son modèle de distribution, en installant 700 fontaines, dont 200 à Paris et sa métropole. Elles fourniront un quart des 18 millions de boissons prévues pour l’événement, indique Éric Desbonnets, le vice-président des opérations et du développement durable Paris 2024 pour Coca-Cola. Le reste sera réparti entre bouteilles en verre réemployables, qui seront lavées et re-remplies, et bouteilles en plastique 100% recyclé (à l’exception des bouchons), promet Coca-Cola, qui répond à l’ambition du Cojop. Si celui-ci affirme ne pas connaître encore le volume de bouteilles en plastique qu’il livrera, Pierre Rabadan, adjoint à la Mairie de Paris, chargé du sport et des JOP, et partie prenante du partenariat avec Coca-Cola, juge que les alternatives – fontaines et verre – éviteront à la marque d’écouler 144 tonnes de matière vierge sur les sites où se dérouleront les festivités (hors compétitions).

Pour que le système fonctionne, les fontaines impliqueront l’usage de gobelets en plastique consignés. Ces "Ecocups" en polypropylène fournis par Re-uz, moyennant 2 euros, seront collectés, lavés et resservis. Une première à une telle échelle. Impossible de connaître la quantité d’Ecocups prévue. Mais l’organisation de Paris 2024 se félicite déjà d’avoir réalisé une « économie considérable » en utilisant les mêmes gobelets consignés pour les jeux Olympiques et Paralympiques, avec une astuce simple : le même marquage pour les deux événements. « Aucun jeu n’avait réussi à le faire jusque-là », précise Caroline Louis. Tous les gobelets seront ensuite soit recyclés, soit donnés à des associations, ajoute Philippe Berthe, le PDG d’Impact Group, la maison mère de Re-uz.

En plus des gobelets, le Cojop s’engage à faciliter l’entrée des gourdes dans les espaces de compétition. «Ce que l’on essaie de faire, c’est d’impulser un changement de comportement et d’être un laboratoire de nouvelles pratiques dans le sport et pour les 2,5 millions de compétitions qui se déroulent chaque année en France», avance Georgina Grenon. Dans la cantine du village des athlètes, où seront servis 40 000 repas par jour, l’intégralité de la vaisselle sera réutilisable. «Une première pour le plus grand restaurant au monde», assure la directrice de l’excellence environnementale. Contribuer à l’effort de réduction de plastique à usage unique, c’est aussi ce que l’organisation réclame à la soixantaine d’entreprises qui fabriquent les produits sous licence. «Nous leur avons demandé que chaque emballage serve une fonction nécessaire», souligne Caroline Louis.

Miser sur l’éco-conception

Dont acte. «La politique des JOP nous a incités à accélérer notre transition en faveur du zéro plastique», admet Nicolas Dumont, le directeur du marketing et de la communication de la Monnaie de Paris, qui fabrique les médailles et les monnaies de collection. En misant sur l’éco-conception, l’institution s’est définitivement débarrassée d’un suremballage entourant ses cartelettes et a tiré un trait sur ses écrins injectés, les remplaçant par un système à base de papier, économisant plus de 8,2 tonnes de plastique. Le fournisseur de mobilier Lyreco, qui devrait livrer environ 300 000 produits, a suivi la même démarche. «Nous avons travaillé avec nos prestataires pour réduire au maximum l'empreinte laissée par tout ce qui est emballage primaire ou secondaire», raconte Sébastien Melot, chargé de mission auprès de Paris 2024. L’entreprise a supprimé le suremballage plastique de dizaines de milliers de multiprises et liseuses pour un gain proche de 840 kilos.

À quelques mois de l’éventuelle adoption d’un traité international contre la pollution plastique, dont la France se veut le moteur, les organisateurs de Paris 2024 restent humbles. «Cela ne sera pas parfait, mais on veut montrer qu’un autre modèle est possible», insiste Caroline Louis. La Ville de Paris compte capitaliser dessus. Elle vise le zéro plastique à usage unique dès 2024, notamment grâce au déploiement du vrac et du réemploi. Pierre Rabadan l’assure : «Après les jeux, tous les événements sportifs parisiens n’utiliseront plus de bouteilles en plastique. À la clé, la disparition de 800 000 emballages par an, soit une réduction de 12 tonnes de plastique par an.» Un petit pas, alors que la France s’est engagée à faire disparaître les plastiques jetables en 2040.

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