« Une célébration du sport sans plastique à usage unique » : telle est la promesse de Paris à l’approche des jeux Olympiques (JO) programmés du 26 juillet au 11 août 2024. Maire de Paris, Anne Hidalgo a fait un point sur ce chantier aussi ambitieux qu’inédit à l’occasion du deuxième round (INC-2) du traité international sur la pollution plastique organisé dans l’enceinte de l’Unesco, à Paris, du 29 mai au 2 juin. Avec le concours de Greenpeace, l'artiste et activiste Benjamin Von Wong a d’ailleurs installé sa Perpetual Plastic Machine sur les berges de la Seine pour dénoncer le cycle infernal de la pétrochimie.
Avec le soutien du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), la capitale française a ainsi organisé, le 26 mai, le premier forum international des maires engagés contre la pollution plastique avec des scientifiques et des organisations non gouvernementales (ONG).
Usage unique
Usage unique ? Autant dire qu’il n’est question que d’emballages… Pour l’eau et les boissons rafraîchissantes sans alcool (BRSA) plates et gazeuses, les 16 millions de touristes attendus – 16 millions !!! – auront donc accès à des fontaines et des bouteilles en verre en mode réemploi, mais aussi, le cas échéant, à des bouteilles en polyéthylène téréphtalate recyclé (rPET). La mise à disposition de fontaines d’eau dans les lieux publics est d’ailleurs une obligation de la loi Antigaspillage pour une économie circulaire (Agec). Cette mesure est encore peu respectée, comme le rappellent vertement des ONG comme No Plastic In My Sea. Si les actions évoquées concernent directement les spectateurs, de nombreux points restent à éclaircir pour les sportifs eux-mêmes. Dans l’enceinte de l’Unesco, Catherine Colonna et Christophe Béchu avaient livré un beau résumé de la complexité des enjeux. Quand la ministre de l’Europe et des Affaires étrangères dénonçait « des emballages franchement inutiles », le ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires rappelait que le « clic des bouteilles » à la première ouverture est une sécurité contre le dopage pour les athlètes.
Ravitaillement en vol
Partenaire emblématique de cet événement planétaire, Coca-Cola, mais surtout son bras armé Coca-Cola Europacific Partners (CCEP), peaufine son offre. Une présentation du dispositif est prévue le vendredi 16 juin dans le cadre du salon Viva Techology. À l’image du marathon, les courses de fond sont aussi connues pour le spectacle désolant des emballages plus ou moins vides qui parsèment le parcours après les points de ravitaillement. Le « ravitaillement en vol » d’un sportif en plein effort demeure néanmoins un exercice de haute voltige. C’est justement pour répondre à ce défi que Pierre Paslier et Rodrigo García González, à la tête de Notpla, ont créé les bulles d’eau Ooho à base d’algues comestibles et biodégradables. Les deux entrepreneurs ont d’ailleurs obtenu 1 million de livres (1,2 million d’euros) en remportant l’un des cinq prix EarthShot en 2022. Les volumes sont conséquents : les 50 000 marathoniens de l’édition parisienne utilisent, par exemple, 400 000 bouteilles. L’alternative ? Des « rampes avec clarinettes » alimentées par des citernes, des poches ou des bonbonnes à partir de 5 litres. Seront interdits les gobelets en carton qui contiennent une couche en polyéthylène (PE) et autorisés les gourdes et les gobelets réemployables. Emballages Magazine a signalé que Re-uz, marque du groupe Impact, en qualité de « supporteur officiel », allait fournir ses gobelets dans le cadre d’un partenariat signé avec le Comité d’organisation (Cojo). Adjoint d’Anne Hidalgo en charge des JO, Pierre Rabadan a évoqué « plus de 30 000 gobelets » mis à disposition, soit 800 000 bouteilles ou 12 tonnes de plastique évitées.
Recharges des gourdes
À Paris, les familiers du bassin de la Villette pourront tester des gobelets consignés 1 euro dès l’été 2023. La restauration à emporter fera également l’objet de plusieurs expérimentations à partir du second semestre 2023. Des contenants standardisés seront mis à disposition des établissements et des consommateurs. Le lavage sera assuré par des acteurs de l’économie sociale et solidaire (ESS). Paris compte associer étroitement les commerçants dans son projet. Carrefour va déployer des offres de réemploi dans ses magasins tandis que des affichettes signaleront les points de recharge des gourdes.
Consigne pour recyclage
Que deviennent les consignes pour réemploi et recyclage dans ce contexte ? Depuis le mois de janvier 2023, Bérangère Couillard pilote, avec des industriels, des distributeurs, des collectivités locales, des associations de consommateurs et organisations non gouvernementales (ONG), une concertation relative à la disposition de l'article 66 de la loi Agec qui avait déclenché une polémique homérique en 2019. Afin de prendre le temps d’analyser l’étude d’impact menée en parallèle par l’Agence de la transition écologique (Ademe), le verdict est désormais attendu en septembre, des élections sénatoriales étant programmées le 24. La fin de la concertation est prévue au mois de juin.



