[Industry Story] Une autre paire de manches - Louis Blériot, des voitures aux avions

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Sur la route ou dans les airs, Louis Blériot est toujours le premier.

Sous le soleil naissant des flots de la Manche, l’engin fait de tiges de frênes et de cordes de piano fonce vers l’Angleterre. À son bord Louis Blériot, blessé au pied quelques jours auparavant, souffre mais se concentre sur son objectif, atteindre Douvres et devenir ainsi le premier homme à traverser la Manche en volant. Le 25 juillet 1909 sonne également comme un enjeu majeur pour l’industriel de l’aviation qu’il est.

Sous la lune noire des routes de Sologne, vingt ans plus tôt, des autos décidées vrombissent et résonnent. Deux cercles jaunes luminescents les précèdent à peine, éclairant le bitume de toutes leurs forces. Pierre Marchal est invité par Louis Blériot à assister à ses nouveaux essais et comprend que rouler de nuit est la nouvelle aventure automobile. Il s’avoue convaincu par ces phares à acétylène et accepte la proposition de rejoindre les Établissements L. Blériot.

En 1897, à tout juste 25 ans, le jeune diplômé de l’école Centrale a créé son entreprise pour produire des lampes pour automobiles, les premières au monde. Et c’est un succès, ses phares étant bien plus modernes que les lanternes à pétrole. Pourtant, ils restent perfectibles. Le conducteur doit supporter les émanations malodorantes et quitter le volant pour allumer le bec de gaz, ce qui occasionne un maniement délicat et incertain par mauvais temps. Blériot et ses ingénieurs planchent alors sans relâche pour améliorer leur système. Et déposent une kyrielle de brevets. Sous la houlette de Pierre Marchal naîtront les phares autogénérateurs, projecteurs lenticulaires à lentilles de Fresnel, phares pivotants et oscillants, réflecteurs perfectionnés... Blériot peut alors laisser libre cours à son imagination pour sa nouvelle passion, l’aviation : aéroports flottants, aéronef transformable en bateau, hydroglisseur, et bien sûr des avions. Une dizaine de modèles qui finiront par épouser le sol plus tôt que prévu et lui vaudront le surnom de Roi des pâquerettes. Jusqu’au Blériot XI.

Sous le fragile coucou voguent vers leur port les bateaux de pêche anglais, boussoles salvatrices de Blériot qui rejoint Douvres. Qu’a-t-il à déclarer au douanier anglais ? "Ma joie". Celle d’être le premier aviateur à avoir traversé la Manche. Celle de l’entrepreneur qui verra bientôt les commandes pleuvoir pour acquérir un avion aussi célèbre et performant.

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